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· Pilier (N°1 et 3) : Sorte de croisement entre un sanglier atteint de schizophrénie et de nain de jardin . Le pilier de base est généralement petit , gras comme un moine ,de petits yeux porcin , de la bave aux lèvres et questionne régulierement ses collèques de cette phrase relativement philosophique "Quand est ce qu'on mange ?". Il fait partit de la première ligne , avec son camarade le talonneur et son autre compagnon pilier. Ces sympathiques joueurs ont l'immense honneur de se foutre sur la gueule directement avec leurs homologues adverses lors des mêlées fermées. N'hésitez pas à croquer les oreilles de vos adversaires : elles sont là pour ça !

· Talonneur (N°2) : De la même sous-famille que le pilier ,sauf qu'il est plus petit (et légèrement plus intelligent , mais vraiment un tout petit peu), mais possède les mêmes moeurs carnivore.Contrairement a ce qu'on peut penser , le talonneur a bel et bien pour rôle de coller un bon coup de talon dans le ballon quand le nain de jard...le demi de mêlée l'introduit dans la mêlée (Je me repète et je vous emmerde). Il lui incombe également la tâche ingrate de lancer le ballon en touche, allez savoir pourquoi ! Sans doute les créateurs du jeu trouvèrent que ce poste était trop ingrat (Son rôle se limitant a taper du talon une fois tout les quarts d'heures dans le ballon ...), jugèrent plus judicieux de lui rajouter un petit quelque chose pour équilibrer (Bien que celà reste moins fun que de coller un ballon entre les deux perches)

· Deuxièmes lignes (N°4 et 5) : Avoisinant généralement les 2 mètres , ce sont les plus grands de l'équipe, et ils sont bien souvent aussi cons qu'ils sont grands ...Ce joueur bourrin (pléonasme ) n'a généralement aucun scrupule a déboîter le fémur de son vis-à-vis ou à l'enterrer vivant dans l'en but.Son rôle est néanmoins important car ces deux grandes perches sont ceux qui contrôlent la direction de la mêlée ,et qui sont capables de la retourner (Relativement difficile , car il faut encore manoeuvrer les 3 gros porcs en première ligne...). Leur gabarit en font également de parfaits sauteur en touche , les rendant adeptes des batailles aériennes. On a tendance à dire qu'un bon deuxième ligne sauteur en touche équivaut à 5 bombardiers B52.

· Troisièmes lignes ailes (N°6 et 7) : Véritables cauchemars des demis, leur rôle consiste principalement à applatir la colonne de ce dernier lors de sa sortie de mêlée , pour l'empêcher de distribuer son ballon aux arrières.Ils plaquent généralement comme des malades, que l'on ait le ballon ou non n'est pas leur problème , on n'a qu'a pas être devant eux ...Ils ne sont jamais les derniers quand il s'agit de déclencher une générale, mais sotn en revanche les premiers à sortir sur carton tout postes confondus (et les premiers responsables des sorties sur blessures curieusement)

· Troisième ligne centre (N°8) : C'est l'espèce d'énorme tas de muscles au bout de la mêlée. Il est moyennement bien placé dans la mêlée (Il a les culs des deux deuxiemes lignes juste devant les yeux) mais possède un rôle assez équilibré comparativement aux autres avant . En effet , il est bien rare que ces derniers arrives à trainer leurs grosses carcasses maladroites jusqu'a l'en but sans se faire ensevelir par une horde de crevards auparavant . Un bon numéro 8 doit se montrer percutant , et faire regretter sa naissance au malheureux qui aurait eu l'audace de tenter de le plaquer . Comprenez par là que si un petit malin pense pouvoir se la ramener en tentant un plaquage sur ce véritable char d'assaut , il y a davantage de chance qu'il finisse éparpillé aux quatres coins du terrain que d'arriver à le ralentir ne serait ce que d'un millieme de seconde. Faut pas déconner.

· Demi de mêlée (N°9) : Le plus petit gabarit de l'équipe. Autant dire que le demi de mêlée doit régulierement être remplacé, pour peu que la troisieme ligne d'en face se montre pour le moins hargneuse. Son rôle consiste à introduire le ballon dans la mêlée pendant que les deux packs sont occupés à s'euthanasier joyeusement. Puis , si le troisieme ligne centre ne s'en saisit pas , il le récupere à sa sortie . Notons que dans ce deuxieme cas , c'est là qu'il risque le plus de se ramasser un énorme troisieme ligne sur le râble (Pour reprendre les termes de l'Essec).Il doit également avoir un bon jeu au pied , si il veut survivre assez longtemps pour finir le match , car expedier loin un ballon peut éviter le plaquage (ou pas hélas ...).

· Demi d'ouverture (N°10) : C'est celui qui ressemble au mannequin de la pub Armani. Généralement un ancien footballeur qui a su retrouver sa lucidité , il doit pouvoir alimenter intelligement ses trois quarts en bons ballons , tout en étant parfaitement coordoné avec son demi de mêlée. Théoriquement un des joueurs les moins exposé au plaquage avec l'arrière , celà peut tres rapidement changer pour peu qu'il s'aventure au delà des 22 adverses en possession du ballon. Il doit être lucide quand les avants ont le nez dans la boue et l'esprit au même endroit.

· Trois quarts ailes (N°11 et 14) : Les trois caractéristiques de ces joueurs sont leur vitesse , leur rapidité et leur vélocité. C'est tout ce qu'il faut pour être un bon ailier ! Rien d'autre. Oh , peut être savoir un peu plaquer des fois que votre vis-à-vis ait survécut aux bombardements des troisiemes lignes et que l'arrière soit encastré dans la pelouse à ce moment là, mais généralement , à part attendre qu'on vous refile le ballon directement dans les mains et filer à tout allure vers l'en but adverse , vous risquez de rentrer dans une phase de sommeil post-traumatique assez rapidement.

· Trois quarts centres (N°12 et 13) : Malheureusement pour toi , si tu n'a jamais commis d'homicide volontaire , tu ne pourra pas jouer ce poste. Ces joueurs ne montrent aucune pitié pour leurs adversaires , ils ne parlent à personne , rentrent tout seuls chez eux le soir, sans doute pour aller découper leur voisine à la scie sauteuse. Ils se nourrissent exclusivement de vin chaud et écoutent de la musique bretonne durant leur temps libre. Des gens dangereux ...

· Arrière (N°15) : Un proche parent du demi d'ouverture , mais plus complet , car en plus d'un coup de pied irréprochable , l'arrière doit savoir délivrer des plaquages impeccables et avoir une bonne vitesse de pointe. Sans doute le poste le plus stressant du jeu , car si jamais vous vous amusez à faire le con avec vos potes les avants pour aller casser du trois quart , vous risquez fort de vous en mordre la queue en voyant déambuler à fond les ballons cette saloperie d'ailier vers la ligne d'en but. En outre, vous devez résister à une charge sauvage d'un troisieme ligne et être prêt à subir une pendaison généreusement offerte par votre équipe au cas où vous plantiez votre plaquage

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C'est sympa merci Gimp.

Je me souviens qu'avant le Hackage du forum d'AUBA BO, il y avait un forumeur qui postait des descriptions sur les postes. De vrais délices d'humour, de drôlerie, de finesse de plume. Txurri sait peut-être de quoi je parle. en tout cas si je peux en retrouver je vous les posterai avec plaisir.

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En voila une. Je les avais gardées, elles sont effectivement très drôles et superbement écrites :

Dans les vestiaires

Objet de multiples fantasmes, l’antre des rugbymen quelques instants avant le début du match, vaut le détour. Lieu clos interdit à toutes personnes étrangères à la tribu, cage où les fauves tournent en rond dans une atmosphère saturée de stress et de camphre, l’endroit, propice aux comportements les plus grégaires est aussi un formidable révélateur de personnalité. Immersion.

De l’élite professionnelle au plus petit niveau amateur, les vestiaires de rugby se ressemblent. Petit palace pour stars de Stade de France ou Algecos minables, ils s’y passe souvent la même chose : une préparation de match, avec tout ce que cela suggère comme stress. Car le rugby a ceci de particulier qu’il est un rude combat physique, où chaque joueur doit s’attendre au contact direct avec l’adversaire et doit donc se préparer à prendre des coups, voire des grosses marmites, selon la tournure des événements… D’où la terrible pression qui s’abat sur les épaules soudain bien frêles des quinze joueurs s’apprêtant à rentrer dans l’arène. La question est donc de savoir comment chacun de ces individus tolère cette pesante atmosphère, qui dépasse, on l’a bien compris, le simple enjeu sportif.

Tout d’abord le facteur aggravant : la promiscuité des lieux, phénomène qui exacerbe tous les affects. Regroupés comme du bétail ruminant leur anxiété, l’effet de groupe joue à fond…

Reconstituons le déroulement type de l’heure précédant la libération des bêtes.

14h : tout le monde rentre dans les vestiaires : joueurs, entraîneur, kiné, parfois dirigeants. Le rituel peut commencer. Chacun se dirige machinalement vers sa place habituelle pour y poser, ou plutôt y balancer son sac, signe indéniable d’une nervosité déjà palpable. On déconne encore pour évacuer le stress, on rit jaune, on commence à penser au match, bref un début de concentration s’installe. Le compte à rebours se déclenche.

14h10 : après un moment d’errements collectifs, les choses sérieuses commencent, on sort ses affaires. Les plus méticuleux extraient de leur sac une paire de pompe superbement cirée de la veille, crampons en alu de 18 rutilants, short impeccable, un slip tout frais et des chaussettes propres cela va sans dire. D’autres, un peu moins maniaques, sortent des godasses terreuses avec des crampons nazes, un short en haillon, des chaussettes qui fouettent à 3 km et un slip qui fleure bon la garrigue… Vient alors dans la foulée la remise plus ou moins solennelle des maillots. Parfois, quand le match est vraiment important, l’entraîneur appelle votre nom, vous apporte le maillot comme une offrande en vous lâchant un regard grave du genre 'j’ai confiance en toi alors te déchire cet après-midi, ne me déçois pas…'. Mais en général, c’est un dirigeant qui vous jette votre pelure à travers la gueule en beuglant votre numéro.

14h20 : un vestiaire de rugby, c’est aussi très scato… et pour cause, vous connaissez tous certaines fâcheuses manifestations du stress. Or, le problème dramatique est l’effet d’entassement qui rend les conséquences de ces troubles digestifs et autres flux de ventre parfois à la limite du supportable. C’est en tous cas quand on commence à renifler des odeurs pas très catholiques qu’on comprend qu’un processus de concentration intense a démarré. Imaginez-vous la scène : aux quatre coins de la pièce, les premières vesses bien sournoises se mettent à fuser, d’autres caisses plus musicales mais néanmoins aussi putrides sont lâchées sans vergogne. Des protestations s’élèvent, mais le traditionnel « putain qui c’est qu’a chié ? » reste sans effets. Les plus résignés s’emmitouflent dans leur maillot ou respirent par la bouche, puis de guerre lasse, apportent leur contribution au bouquet ambiant… C’est à peu près à ce moment-là que les dirigeants décident d’évacuer les lieux. On reste alors en famille, au milieu des effluves de jasmin et de violettes. Les plus ballonnés par le stress montant insidieusement, s’en vont du côté des malheureuses latrines qui jouxtent les vestiaires et qui paraissent vite débordées par tant de fougue. Y aller en dernier, c’est un acte de bravoure… ou de nécessité absolue.

Le camphre, baume universel

14 h 30 : tout le monde est en tenue, et encore une fois il est question d’odeurs, mais douces et agréables, celles du baume universel, de l’onguent magique de tous les rugbymen dignes de ce nom : le camphre. Ses effluves mentholées parfument ce qui reste d’atmosphère. Puis il s’étale sur les cuisse glabres et fuselées des trois-quarts ou sur les gros culs poilus des piliers, s’amasse sur les arcades proéminentes des deuxièmes barres… Bref, il prépare les corps à la terrible joute qui s’annonce. Déjà, certains commencent à tourner en rond avec leurs cuisses de poulet ébouillantés par les diverses crèmes chauffantes et cherchent du regard d’autres partenaires pour jauger mutuellement leurs dispositions d’avant match. Dernières petites recommandations techniques individuelles dispensées par un coach dont on se demande si sa femme n’est pas entrain d’accoucher dans le vestiaire d’à côté. Tout le monde est en tenue, on sort pour l’échauffement (20mn) puis on revient pour une dizaine de minutes épiques…

14 h 50 : cette fois, ça y’est, on ne rigole plus, faut commencer à lâcher la goupille et déposer les neurones dans le sac. L’instant est généralement un moment privilégié de la vie de groupe qui voit l’entraîneur et le capitaine se disputer un véritable concours d’éloquence ; car il faut les motiver tous ces garçons, la pression doit être à son paroxysme. Le coach prend la parole au milieu d’une assemblée silencieuse, prête à tressaillir aux mots qui feront mouche. Exercice difficile pour l’orateur qui doit vivre intensément son discours pour communiquer son influx. Le style guerrier est fréquemment de mise, objectif : transformer quinze jeunes gens bien sous tous rapports en serials killers. Dès lors, toutes les ficelles sont bonnes pour le coach qui après avoir rappelé les principes fondamentaux des vertus du combat, du courage et du sacrifice, peut jouer sur la fibre de l’orgueil, du genre : "ils nous ont mis quarante grains au match aller, ils nous prennent pour des guignols, ils ont le sourire aux lèvres, on va les peler comme des rats…". Discours ayant une certaine emprise sur les esprits les plus… réactifs : les "gros", c’est-à-dire les avants, plus exposés à la brutalité du jeu, trépignent et se tiennent par le maillot en tirant des gueules de pit-bulls. Parfois, certains joueurs galvanisés et un peu trop émotifs craquent en sanglotant comme des gamins à qui on aurait volé leur goûter. D’autres vivent ces appels à la guerre sainte de façon plus intérieure, il s’agit d’ordinaire des trois-quarts qui ont besoin de tout leur sang froid pour assurer sur le terrain. Mais quand même, aux expressions "va falloir avoir les couilles", "on va leur marcher sur la gueule", "on est chez nous, merde !", etc… ils ont souvent tendance à pâlir, se replier dans leur coquille, bref à se chier dessus.

Puis vient l’heure du capitaine, qui dans ces moments là n’est pas très enclin à donner dans la grande pédagogie. Alors il en rajoute une couche du style "pas de tricheurs sur le terrain, tous au mastic !!!", moins inspiré il arrive qu'il se fende d’un magistral : "les mecs, si on perd aujourd’hui, c’est la défaite merde !". Et là, il n’est pas rare qu'on entende un gros fou rire étouffé.

Le Prince d'Euphore

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Voici celle sur les piliers :

Les piliers

Etrange bipède dont la morphologie évoque nos lointains cousins quadrumanes, le pilier se nourrit exclusivement de saucisson. Figure inénarrable du rugby, le spécimen prête volontiers le flanc à la caricature.

Quand on veut dépeindre le rugbyman sous les traits grossiers d’une brute épaisse dont l’essentielle faculté est de s’incliner pour pousser en mêlée, c’est bien sûr au pilier que l’on pense. Le cliché est un peu éculé me direz-vous. De nos jours, les piliers dits "modernes" sont des athlètes affûtés sans un gramme de graisse, galopant aux quatre coins du pré, capables de vous envoyer des passes vissées de 30 mètres. Heureusement pour le folklore de notre sport, ce tableau idyllique ne concerne qu’une poignée de joueurs professionnels composant le gratin de l’élite nationale. Les autres sont bien souvent à cataloguer dans la série "à l’ancienne".

Dépassant allègrement le quintal, un cou de taureau, tout dans le jarret et dans les reins, rien dans les abdos (hormis la Kro), le pilard traditionnel est voué aux tâches obscures de ce jeu : tordre son alter ego en mêlée, arracher des ballons dans les mauls et c’est à peu près tout. Jamais vous ne verrez un n° 1 ou un n° 3 porter le cuir dans une course folle et chaloupée pour prendre des intervalles au milieu des gazelles. Cela lui est généralement formellement interdit par son coach, et d’ailleurs, ce serait contre-nature...

Les hommes de l’ombre

Quand on joue à la pile, on va au charbon, on fait sa sale besogne et surtout on se tait. Et pour cause, le pilier est certes un homme fort, roué et vicelard, sa mobilité est limitée et ne peut donc jouer les stars en tortillant du cul. On les voit parfois tenter quelques foulées courageuses en début de partie, histoire de montrer qu’ils sont eux aussi des sportifs, et puis après, harassés par les travaux de force auxquels ils se bornent, marchent péniblement d’un regroupement à un autre, les mains appuyées sur les reins, cherchant l’oxygène comme des grosses carpes sorties de la rivière.

Néanmoins, tous les rugbymen vous le diront, un bon pilier, solide comme un roc, vaillant comme une mule, est une denrée ô combien précieuse. Deux piliers défaillants et c’est souvent la maison qui s’écroule, par contre s’ils sont conquérants, on peut voyager tranquille. Même les vieux adages ovaliens le disent : "le rugby, ça commence devant", et comme devant ça commence avec eux, mieux vaut être bien armés en première ligne.

Qui fait peur aux enfants, qui largue des caisses abominables ?

Il faut en effet être un gaillard de la meilleure moelle pour affronter toutes les avanies de ce sport. Qui ramasse les poires en premier quand une mêlée se relève ? le pilier. Qui sort du terrain la gueule en vrac ? le pilier. Qui est condamné à l’anonymat éternel ? le pilier. Qui se couvre de ridicule en se tartinant la fiole de vaseline et en se passant un bandeau d’élasto autour de la tête ? le pilier. Qui a les oreilles en choux-fleurs ? qui ne trouvent pas de shorts à sa taille, qui fait peur aux enfants, etc, etc… Alors vraiment, à tous les piliers de la terre, je rends un hommage à la bravoure, à l’abnégation et à l’humilité.

Et oui, finalement , on les aime bien nos bons vieux pilards, ils amènent un peu de sel dans une vie de groupe. On les brocarde gentiment, on les taquine parce qu’on sait que c’est facile et qu’ils n’ont pas toujours une répartie foudroyante. Faut dire qu’ils cherchent aussi… quand quelqu’un lâche une caisse abominable et enfume un car entier, c’est toujours sur les piliers que les soupçons s’abattent, quand, juste avant un match, un chiotte est "nutellisé"* sans vergogne, on voit souvent en sortir une bourrique, fière de son forfait, arborant un 1 dans le dos. Et puis, qui mange tout le saucisson dans les collations d’après-match ?

* Nutelliser : formidable néologisme construit sur la racine étymologique de "Nutella". Imaginez-donc une cuvette ressemblant à un pot de Nutella en fin de vie…

Prince d'Euphore

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Existe-t-il un autre sport où les joueurs peuvent être aussi différents selon les postes ?

Le talonneur

Parmi tous les damnés de la terre, les talonneurs. Des pauvres bougres qui s'activent aux tâches les plus ingrates. Dans le registre du pire recensé dans le sport, il y a peut-être gardien de hand, ou piquet de slalom spécial…

D’accord, un pack de rugby, ça ressemble un peu à la cour des miracles. Entre ces oreilles en chou-fleur, ces arcades maltraitées qui donnent des airs d’intellos néandertaliens et ces pifs cabossés, difficile d’y trouver l’éphèbe de la prochaine pub Paco Rabane. Et parmi ceux-ci, un phénomène : le talonneur.

En effet, on choisit rarement de porter le n°2, on vous l’impose, on le devient par nécessité ou par sacrifice. D’ailleurs, ceux qui ont la vocation du talonnage sont rarement mentalement responsables, c’est pourquoi on leur pardonne tout… En gros, chers amis néophytes, le talonneur est ce petit trapu avec des chaussures montantes ridicules qui touche plus de poires que de ballons et qui de surcroît, adore ça. Plus on l’arrose, plus ça le stimule. Alors pourquoi prend-on ce malheureux en cible ? Simple, il est le seul joueur du pack, et qui plus est en première ligne, à se lier en mêlée avec ses deux bras.

Tel le Christ sur sa croix, le talonneur attend, placide, le châtiment des deuxième lignes adverses, qui, eux, experts en "relevage de mêlée", peuvent libérer un bras pour accomplir leurs moulinets vengeurs.

Couper la laisse du pitt-bull

Certes, et heureusement pour notre sport de gentlemen, toutes les mêlées ne se relèvent pas, mais quand même, jusqu’à un certain niveau, la mêlée relevée se cultive comme un art, voire comme une véritable action de jeu. Et dans ce cas, eh bien c’est le talon qui ramasse. Alors parfois, quand il charge trop, il s’énerve et veut se venger. Et là, danger ! Tous les capitaines de toutes les équipes du monde savent que si on coupe la laisse du pitt-bull, le carnage n’est pas bien loin. D’où l’intérêt de posséder, dans chaque groupe, une sorte de tuteur à talonneur qui le surveille comme le lait sur le feu. Comment faut-il amadouer un talonneur ? c’est simple, il suffit, quand vous sentez que la moutarde lui monte au nez, de lui faire miroiter une action dans laquelle il touchera le ballon. Même si neuf fois sur dix, il commet un en-avant, cela le calmera.

Le 2 n’est généralement pas méchant, il est volontaire, plein d’allant, souvent appliqué mais juste un peu frustré. Faut dire qu’il faut se mettre à sa place, la seule fois où il voit le ballon à portée de main, c’est quand il roule dans ses pieds sous la mêlée. S’il pouvait la talonner avec la langue, il le ferait…

Et puis, quand le ballon vole de mains en mains dans le champ, le talonneur court après, désespérément, un peu comme ces vieux chiens qui convoitent le même bout de bois que leurs jeunes congénères. Alors, si vous jouez au rugby, ayez la bonté d’avoir une pensée pour l’exclus de votre équipe : à la fin du match, quand tout est perdu, ou tout est gagné, faites une passe à votre talonneur. Et il revivra.

Prince d'Euphore

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Voila qui fera plaisir à ménélas .... et à d'autres

Les deuxièmes lignes

Ils chaussent du 50 et n’ont plus que quelques dents. Déplaçant laborieusement leur immense carcasse, ils dépassent facilement le quintal et ne passent pas inaperçus. Ils sont… les deuxièmes barres.

Le 4 et le 5 forment généralement une belle paire de mules. La principale fonction d’un seconde barre, comme on dit dans le jargon, c’est de pousser en mêlée et de sauter en touche. Bien évidemment, ne pas prendre le verbe "sauter" au pied de la lettre car l’immense majorité de ces Gulliver de l’ovale éprouvent les pires difficultés à s’arracher du plancher des vaches. Soit il est une deuxième ligne "moderne", c’est-à-dire parfaitement filiforme, presque athlétique et dans ce cas comme le règlement l’autorise, ses copains peuvent le soulever très haut pour qu’il s’empare du ballon, soit c’est une deuxième ligne "à l’ancienne" : 120 kg et une détente verticale de morse sur la banquise, ce qui le rend inutile dans l’exercice de la touche. Dans ces conditions, il convient hélas de constater que le gros deuxième ligne est une espèce menacée, un peu comme les éléphants d’Afrique.

C’est bien dommage, car le bougre a une place bien à part dans le paysage rugbystique, voire dans le sport en général. Quelle discipline autre que le rugby aurait bien pu accueillir de pareils mastodontes, aussi vaillants que vicelards ? Eh oui, les 4 et 5, le fameux attelage de la mêlée, les deux poutres, occupent des postes si particuliers dans la conception traditionnelle de ce sport, qu’ils ont façonné leur propre mythe. Au cœur de la mêlée, enfermés dans la cage, les deux cerbères sont dans le secret des dieux : eux-seul savent vraiment ce qui se passe sous cette éphémère bâtisse de seize corps humains dont ils forment l’indestructible clé de voûte.

L’art de la mêlée relevée

En l’occurrence, rien de très romantique, puisque seuls les deuxièmes lignes cultivent l’art de la mêlée relevée. Les deux géants occupent un poste stratégique dans la cabane : bien campés sur leurs appuis, ils ont toujours un bras de libre, celui qu’il passe sous les cuisses des piliers de façon à bien s’arrimer. Et puis, quand le moment est venu, quand le deuxième barre a bien prémédité son coup, ou quand il entend le signal (le 9 annonce une « Gabriel ») il exerce de ce bras un savant mouvement de balancier sous la mêlée en direction du camp adverse. Résultat : une tomate dans la gueule du talonneur, la mêlée se relève, c’est l’échauffourée. Sous ses airs de géant débonnaire, avec son élasto qui lui écrase les arcades, sa vaseline qui déborde et ses Rivat montantes, le bon vieux deuxième ligne pourrait faire rire les enfants, comme le ferait un monstre gentil. Il n’en est rien.

Le seconde barre de métier est un concentré de vice, un type bien énervant qui vous nargue en arborant un sourire sardonique tout en protège-dents. Il ne s’énerve jamais et accomplit tous ses gestes, même les moins recommandables, avec un sang-froid de professionnel. Quand ça fait pas de bruit et que ça fait mal, il est probablement passé par là. Bref, le 4 ne s’embarrasse pas avec le maniement de la balle, qui se limite au cas échéant à l’arrachage ou à la passe de sac de patates. Pour le style, on frappe pas vraiment à la bonne porte.

Le deuxième ligne a une vision plus périphérique du jeu. Tout ce qui tourne autour du ballon l’intéresse. Une main adverse qui traîne dans un regroupement, un talonneur un peu trop fouineur, une troisième ligne un peu top hardie… et hop, notre deuxième ligne fait le ménage, de façon licite, voire un peu moins si nécessaire.

Aujourd’hui, le rugby moderne consacre le deuxième barre joueur de ballon, coureur, sauteur. La mort annoncée de nos éléphants d’Afrique.

Prince d'Euphore

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Et la dernière, très ressemblante aussi

Le demi de mêlée

1,40 m, 60 kg, des pattes courtes et une forte gueule, tel est le cliché du demi-de-mêlée, concentré de rugby devant l’éternel. Car si sa carcasse est loin d’évoquer les grandes armoires envaselinées, c’est tout l’esprit de l’ovalie qui chante dans sa gouaille…

Ces propos choqueront, mais hélas, correspondent bien souvent à la réalité : un bon 9 est une vraie boule de pus, une ordure. Si tous ces lutins maléfiques s’organisaient en syndicat national, Sodome et Gomorrhe règneraient sans partage.

La place si particulière occupée par les demis-de-mêlée dans le monde du rugby vient essentiellement du fait de son rôle sur le pré, incontournable. Tous les joueurs le savent : une équipe qui possède un bon 9, c’est l’enfer tout l’après-midi, c’est se gratter la tête pour trouver l’antidote qui tuera le poison.

Bien protégé par ses huit molosses, le farfadet distribue les ballons, oriente le jeu, impulse les jaillissements, manœuvre les gros comme un dompteur les lions… ou les éléphants. Sa voix rocailleuse et chantante hurle des ordres, réclame le cuir sur un ton hystérique.

Le demi-de-mêlée est un enfant gâté, couvé par son pack, par sa cocotte, il passe son temps à faire des caprices pour faire joujou avec sa baballe.

Le néophyte trouvera d’ailleurs le n° 9 sacrément gonflé : " comment fait-il pour ne pas se prendre de mandales par les huit marmulasses qu’il commande comme un garde-chiourme ??". Et bien monsieur, sachez que ce garçon jouit des mêmes privilèges que la vache en Inde, c’est un nain sacré. Pas touche au 9, c’est trop précieux, trop vital pour la survie du groupe.

Un vicelard hors normes

Bien entouré par sa garde prétorienne, il n’est d’ailleurs pas rare que ce rôle central dans le groupe confère à l’intéressé une certaine suffisance, une certaine morgue, une condescendance caractérisant ceux qui peuvent tirer la langue sans se faire tirer les oreilles par les méchants d’en face. Le garçon, donc, abuse un peu de son statut d’intouchable et devient un vicelard hors norme.

Provocations diverses et variées, petit crachat discret, noms d’oiseaux, séances de "chambrages" en règle ( un bon 9 est fréquemment doté d’une répartie fulgurante…), petits sévices dans les regroupements (piétinements, arrachage testiculaire, petite pichnette sur le bout du nez) précédés d’un bref coup d’œil vers l’arbitre pour accomplir son forfait discrètement. On ne parlera pas non plus des feintes de KO accompagnées par des cris de martyrs assassinés (un bon 9 serait un excellent footballeur). Bref, ce nabot matois, est un renard spécialisé dans le pétage de plomb.

Si vous en rencontrez un flegmatique et bien élevé, si vous rencontrez un 9 gentleman, c’est qu’il doit avoir une sacrée belle passe vrillée de 40 m, qu’il doit courir vite ( un bon 9 est souvent une ruine physiquement, sa vie est dissolue, il fume, il boit et baise de façon irraisonnable) ou qu’il doit être anglais.

Enfin bon, si jamais vous croisez un demi-de-mêlée dans la rue, changez de trottoir.

Prince d'Euphore

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Oh merci Mado tu es un Smiley-IPB-72.gif je me dépêche d'enregistrer les textes car la description du demi de mêlée est celle que je préfère. A chaque lecture je vois la tête de Peter Stringer émerger. Quel dommage que ce Prince d'Euphore se soit arrêté en si bon chemin Invision-Board-France-111.gif

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  • 2 weeks later...

Hello,

je profite d'un cyber cafe pour vous envoyer quelques unes des descriptions de postes que l'on peut trouver a Palmeston North, au musee nationnal des All Blacks (passage oblige pour ceux qui feront le deplacement en 2011 !)

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