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Le Rugby Par Le Prince D'euphore


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Comme j'ai recherché toutes les chroniques pour les Cybervulcans, je me suis dis que j'allais aussi en faire profiter ici à ceux qui ne connaissent pas.

Et puis, pour ceux qui connaissent, c'est toujours un bonheur. :sorcerer:

Je les mettrai petit à petit.

Bonne lecture. :chinois:

Les Pilars

Etrange bipède dont la morphologie évoque nos lointains cousins quadrumanes, le pilier se nourrit exclusivement de saucisson. Figure inénarrable du rugby, le spécimen prête volontiers le flanc à la caricature.

Quand on veut dépeindre le rugbyman sous les traits grossiers d’une brute épaisse dont l’essentielle faculté est de s’incliner pour pousser en mêlée, c’est bien sûr au pilier que l’on pense. Le cliché est un peu éculé me direz-vous. De nos jours, les piliers dits "modernes" sont des athlètes affûtés sans un gramme de graisse, galopant aux quatre coins du pré, capables de vous envoyer des passes vissées de 30 mètres. Heureusement pour le folklore de notre sport, ce tableau idyllique ne concerne qu’une poignée de joueurs professionnels composant le gratin de l’élite nationale. Les autres sont bien souvent à cataloguer dans la série "à l’ancienne".

Dépassant allègrement le quintal, un cou de taureau, tout dans le jarret et dans les reins, rien dans les abdos (hormis la Kro), le pilard traditionnel est voué aux tâches obscures de ce jeu : tordre son alter ego en mêlée, arracher des ballons dans les mauls et c’est à peu près tout. Jamais vous ne verrez un n° 1 ou un n° 3 porter le cuir dans une course folle et chaloupée pour prendre des intervalles au milieu des gazelles. Cela lui est généralement formellement interdit par son coach, et d’ailleurs, ce serait contre-nature...

Les hommes de l’ombre

Quand on joue à la pile, on va au charbon, on fait sa sale besogne et surtout on se tait. Et pour cause, le pilier est certes un homme fort, roué et vicelard, sa mobilité est limitée et ne peut donc jouer les stars en tortillant du cul. On les voit parfois tenter quelques foulées courageuses en début de partie, histoire de montrer qu’ils sont eux aussi des sportifs, et puis après, harassés par les travaux de force auxquels ils se bornent, marchent péniblement d’un regroupement à un autre, les mains appuyées sur les reins, cherchant l’oxygène comme des grosses carpes sorties de la rivière.

Néanmoins, tous les rugbymen vous le diront, un bon pilier, solide comme un roc, vaillant comme une mule, est une denrée ô combien précieuse. Deux piliers défaillants et c’est souvent la maison qui s’écroule, par contre s’ils sont conquérants, on peut voyager tranquille. Même les vieux adages ovaliens le disent : "le rugby, ça commence devant", et comme devant ça commence avec eux, mieux vaut être bien armés en première ligne.

Qui fait peur aux enfants, qui largue des caisses abominables ?

Il faut en effet être un gaillard de la meilleure moelle pour affronter toutes les avanies de ce sport. Qui ramasse les poires en premier quand une mêlée se relève ? le pilier. Qui sort du terrain la gueule en vrac ? le pilier. Qui est condamné à l’anonymat éternel ? le pilier. Qui se couvre de ridicule en se tartinant la fiole de vaseline et en se passant un bandeau d’élasto autour de la tête ? le pilier. Qui a les oreilles en choux-fleurs ? qui ne trouvent pas de shorts à sa taille, qui fait peur aux enfants, etc, etc… Alors vraiment, à tous les piliers de la terre, je rends un hommage à la bravoure, à l’abnégation et à l’humilité.

Et oui, finalement , on les aime bien nos bons vieux pilards, ils amènent un peu de sel dans une vie de groupe. On les brocarde gentiment, on les taquine parce qu’on sait que c’est facile et qu’ils n’ont pas toujours une répartie foudroyante. Faut dire qu’ils cherchent aussi… quand quelqu’un lâche une caisse abominable et enfume un car entier, c’est toujours sur les piliers que les soupçons s’abattent, quand, juste avant un match, un chiotte est "nutellisé"* sans vergogne, on voit souvent en sortir une bourrique, fière de son forfait, arborant un 1 dans le dos. Et puis, qui mange tout le saucisson dans les collations d’après-match ?

* Nutelliser : formidable néologisme construit sur la racine étymologique de "Nutella". Imaginez-donc une cuvette ressemblant à un pot de Nutella en fin de vie…

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Le talonneur

Parmi tous les damnés de la terre, les talonneurs. Des pauvres bougres qui s'activent aux tâches les plus ingrates. Dans le registre du pire recensé dans le sport, il y a peut-être gardien de hand, ou piquet de slalom spécial…

D’accord, un pack de rugby, ça ressemble un peu à la cour des miracles. Entre ces oreilles en chou-fleur, ces arcades maltraitées qui donnent des airs d’intellos néandertaliens et ces pifs cabossés, difficile d’y trouver l’éphèbe de la prochaine pub Paco Rabane. Et parmi ceux-ci, un phénomène : le talonneur.

En effet, on choisit rarement de porter le n°2, on vous l’impose, on le devient par nécessité ou par sacrifice. D’ailleurs, ceux qui ont la vocation du talonnage sont rarement mentalement responsables, c’est pourquoi on leur pardonne tout… En gros, chers amis néophytes, le talonneur est ce petit trapu avec des chaussures montantes ridicules qui touche plus de poires que de ballons et qui de surcroît, adore ça. Plus on l’arrose, plus ça le stimule. Alors pourquoi prend-on ce malheureux en cible ? Simple, il est le seul joueur du pack, et qui plus est en première ligne, à se lier en mêlée avec ses deux bras.

Tel le Christ sur sa croix, le talonneur attend, placide, le châtiment des deuxième lignes adverses, qui, eux, experts en "relevage de mêlée", peuvent libérer un bras pour accomplir leurs moulinets vengeurs.

Couper la laisse du pitt-bull

Certes, et heureusement pour notre sport de gentlemen, toutes les mêlées ne se relèvent pas, mais quand même, jusqu’à un certain niveau, la mêlée relevée se cultive comme un art, voire comme une véritable action de jeu. Et dans ce cas, eh bien c’est le talon qui ramasse. Alors parfois, quand il charge trop, il s’énerve et veut se venger. Et là, danger ! Tous les capitaines de toutes les équipes du monde savent que si on coupe la laisse du pitt-bull, le carnage n’est pas bien loin. D’où l’intérêt de posséder, dans chaque groupe, une sorte de tuteur à talonneur qui le surveille comme le lait sur le feu. Comment faut-il amadouer un talonneur ? c’est simple, il suffit, quand vous sentez que la moutarde lui monte au nez, de lui faire miroiter une action dans laquelle il touchera le ballon. Même si neuf fois sur dix, il commet un en-avant, cela le calmera.

Le 2 n’est généralement pas méchant, il est volontaire, plein d’allant, souvent appliqué mais juste un peu frustré. Faut dire qu’il faut se mettre à sa place, la seule fois où il voit le ballon à portée de main, c’est quand il roule dans ses pieds sous la mêlée. S’il pouvait la talonner avec la langue, il le ferait…

Et puis, quand le ballon vole de mains en mains dans le champ, le talonneur court après, désespérément, un peu comme ces vieux chiens qui convoitent le même bout de bois que leurs jeunes congénères. Alors, si vous jouez au rugby, ayez la bonté d’avoir une pensée pour l’exclus de votre équipe : à la fin du match, quand tout est perdu, ou tout est gagné, faites une passe à votre talonneur. Et il revivra.

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Les 2ème Lignes :

Ils chaussent du 50 et n'ont plus que quelques dents. Déplaçant laborieusement leur immense carcasse, ils dépassent facilement le quintal et ne passent pas inaperçus. Ils sont les deuxièmes barres.

Le 4 et le 5 forment généralement une belle paire de mules. La principale fonction d'une seconde barre, comme on dit dans le jargon, c'est de pousser en mêlée et de sauter en touche. Bien évidemment, ne pas prendre le verbe "sauter" au pied de la lettre car l'immense majorité de ces Gulliver de l'ovale éprouvent les pires difficultés à s'arracher du plancher des vaches. Soit il est une deuxième ligne "moderne", c'est à dire parfaitement filiforme, presque athlétique et dans ce cas comme le règlement l'autorise, ses copains peuvent le soulever très haut pour qu'il s'empare du ballon, soit c'est une deuxième ligne "à l'ancienne" : 120 kg et une détente verticale de morse sur la banquise, ce qui le rend inutile dans l'exercice de la touche. Dans ces conditions, il convient hélas de constater que le gros deuxième ligne est une espèce menacée, un peu comme les éléphants d'Afrique.

C'est bien dommage, car le bougre a une place bien à part dans le paysage rugbystique, voire dans le sport en général. Quelle discipline autre que le rugby aurait bien pu accueillir de pareils mastodontes, aussi vaillants que vicelards ? Eh oui, les 4 et 5, le fameux attelage de la mêlée, les deux poutres, occupent des postes si particuliers dans la conception traditionnelle de ce sport, qu'ils ont façonné leur propre mythe. Au coeur de la mêlée, enfermés dans la cage, les deux cerbères sont dans le secret des dieux : eux-seul savent vraiment ce qui se passe sous cet éphémère bâtisse de seize corps humains dont ils forment l'indestructible clé de voûte.

L'art de la mêlée relevée

En l'occurrence, rien de très romantique, puisque seuls les deuxièmes lignes cultivent l'art de la mêlée relevée. Les deux géants occupent un poste stratégique dans la cabane : bien campés sur leurs appuis, ils ont toujours un bras de libre, celui qu'il passe sous les cuisses des piliers de façon à bien s'arrimer. Et puis, quand le moment est venu, quand le deuxième barre a bien prémédité son coup, ou quand il entend le signal (le 9 annonce une « Gabriel ») il exerce de ce bras un savant mouvement de balancier sous la mêlée en direction du camp adverse. Résultat : une tomate dans la gueule du talonneur, la mêlée se relève, c'est l'échauffourée. Sous ses airs de géant débonnaire, avec son élasto qui lui écrase les arcades, sa vaseline qui déborde et ses Rivat montantes, le bon vieux deuxième ligne pourrait faire rire les enfants, comme le ferait un monstre gentil. Il n'en est rien.

Le seconde barre de métier est un concentré de vice, un type bien énervant qui vous nargue en arborant un sourire sardonique tout en protège-dents. Il ne s'énerve jamais et accomplit tous ses gestes, même les moins recommandables, avec un sang-froid de professionnel. Quand ça fait pas de bruit et que ça fait mal, il est probablement passé par là.

Bref, le 4 ne s'embarrasse pas avec le maniement de la balle, qui se limite au cas échéant à l'arrachage ou à la passe de sac de patates. Pour le style, on frappe pas vraiment à la bonne porte.

Le deuxième ligne a une vision plus périphérique du jeu. Tout ce qui tourne autour du ballon l'intéresse. Une main adverse qui traîne dans un regroupement, un talonneur un peu trop fouineur, une troisième ligne un peu trop hardie et hop, notre deuxième ligne fait le ménage, de façon licite, voire un peu moins si nécessaire.

Aujourd'hui, le rugby moderne consacre le deuxième barre joueur de ballon, coureur, sauteur. La mort annoncée de nos éléphants d'Afrique.

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Le demi de mêlée

1,40 m, 60 kg, des pattes courtes et une forte gueule, tel est le cliché du demi-de-mêlée, concentré de rugby devant l'éternel. Car si sa carcasse est loin d'évoquer les grandes armoires envaselinées, c'est tout l'esprit de l'ovalie qui chante dans sa gouaille…

Ces propos choqueront, mais hélas, correspondent bien souvent à la réalité : un bon 9 est une vraie boule de pus, une ordure. Si tous ces lutins maléfiques s'organisaient en syndicat national, Sodome et Gomorrhe règneraient sans partage.

La place si particulière occupée par les demis-de-mêlée dans le monde du rugby vient essentiellement du fait de son rôle sur le pré, incontournable. Tous les joueurs le savent : une équipe qui possède un bon 9, c'est l'enfer tout l'après-midi, c'est se gratter la tête pour trouver l'antidote qui tuera le poison.

Bien protégé par ses huit molosses, le farfadet distribue les ballons, oriente le jeu, impulse les jaillissements, manœuvre les gros comme un dompteur les lions… ou les éléphants. Sa voix rocailleuse et chantante hurle des ordres, réclame le cuir sur un ton hystérique.

Le demi-de-mêlée est un enfant gâté, couvé par son pack, par sa cocotte, il passe son temps à faire des caprices pour faire joujou avec sa baballe.

Le néophyte trouvera d'ailleurs le n° 9 sacrément gonflé : " comment fait-il pour ne pas se prendre de mandales par les huit marmulasses qu'il commande comme un garde-chiourme ??". Et bien monsieur, sachez que ce garçon jouit des mêmes privilèges que la vache en Inde, c'est un nain sacré. Pas touche au 9, c'est trop précieux, trop vital pour la survie du groupe.

Un vicelard hors normes

Bien entouré par sa garde prétorienne, il n'est d'ailleurs pas rare que ce rôle central dans le groupe confère à l'intéressé une certaine suffisance, une certaine morgue, une condescendance caractérisant ceux qui peuvent tirer la langue sans se faire tirer les oreilles par les méchants d'en face. Le garçon, donc, abuse un peu de son statut d'intouchable et devient un vicelard hors norme.

Provocations diverses et variées, petit crachat discret, noms d'oiseaux, séances de "chambrages" en règle ( un bon 9 est fréquemment doté d'une répartie fulgurante…), petits sévices dans les regroupements (piétinements, arrachage testiculaire, petite pichnette sur le bout du nez) précédés d'un bref coup d'œil vers l'arbitre pour accomplir son forfait discrètement. On ne parlera pas non plus des feintes de KO accompagnées par des cris de martyrs assassinés (un bon 9 serait un excellent footballeur). Bref, ce nabot matois, est un renard spécialisé dans le pétage de plomb.

Si vous en rencontrez un flegmatique et bien élevé, si vous rencontrez un 9 gentleman, c'est qu'il doit avoir une sacrée belle passe vrillée de 40 m, qu'il doit courir vite ( un bon 9 est souvent une ruine physiquement, sa vie est dissolue, il fume, il boit et baise de façon irraisonnable) ou qu'il doit être anglais.

Enfin bon, si jamais vous croisez un demi-de-mêlée dans la rue, changez de trottoir.

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Les ailiers

Ils étaient sveltes, chaloupaient leurs courses et décrivaient des arabesques sur le pré. Ils sont aujourd'hui de grosses marmules peu enclins à faire dans la dentelle. Le rugby évolue, n'en déplaise aux nostalgiques.

Jadis, ils étaient les "danseuses", ceux qu'on brocardait pour leur gabarit de criquet et leur aversion pour le contact. On a souvenir de ces caricatures d'ailiers qu'étaient ces Philippe Estève ou ces Patrice Lagisquet… Mais mieux encore, le spécimen, celui qui peuple encore l'imaginaire de générations de joueurs, c'est cet homme aux cheveux longs, à la moustache épaisse, aux chaussettes qui tombent, mollets de coq obligent, au short en grosse toile bouffant qui découvrait des cuisses de mygales et moulait un petit cul de patineuse. Bref, cet ailier des seventies capable de vitrifier un adversaire sur un simple coup de rein, celui qui ajustait des cadrages débordements d'école distillés grand champ, celui qui donnait du crochet à angle droit et du coup de pied de recentrage maintenant désuet mais qui faisait partie de la panoplie des trois-quarts aile à l'ancienne. On les aimait bien ces ailiers là, ces rugbymen qui volaient comme fétu de paille au premier impact, plaquaient aux cheveux et se gelaient les miches sur le bord de touche quand on n'écartait pas le ballon. Oui mais voilà, l'ère moderne est passée par là et le cliché de l'ailier à papa a volé en éclats. Aujourd'hui l'examen de la toise et de la balance relègue nos arbalètes dévoreuses d'espace au rang d'articles de brocante. Adieu Bernat-Salles, bonjour Lomu ! Le rugby actuel, dans sa quête d'absolu, a choisi son camp. Les trois-quarts aile ne sont plus des demies-portions à l'apparence inoffensive, petit oisillon perdu au milieu d'un troupeau de bœufs.

L'ailier mammouth écrase tout

Le nec plus ultra des années 2000, c'est un 11 ou un 14 qui fait craquer les coutures de son maillot et préfère à la stratégie du contournement celle du bélier. Les courses sont maintenant rectilignes, et le défi physique, jadis une aberration, est l'une des armes indispensables des golgoths de bout de ligne qui à l'occasion adorent se frotter aux bestiaux du pack. Alors que reste-t-il des ancêtres à jambes fines ? Pas grand chose, si ce n'est la rapidité, car les déménageurs actuels ne se contentent pas de se pulvériser mutuellement et de brasser de la viande, ils sont dans l'idéal supersoniques, ce qui complique bien évidemment la tâche du défenseur en cas de choc frontal, on imagine. Symboles d'un rugby qui se « modernise » ou plutôt qui s'uniformise, l'ailier-mammouth écrase tout, surtout le romantisme. On se souvient ainsi de l'improbable duel de la coupe du monde 99 opposant le monstrueux Lomu au filiforme Bernat-Salles. Et qui n'a pas frissonné quand la grignette paloise, soufflée par la bourrasque, avait déposé magistralement son vis-à-vis soudain apparu bien pataud, sur un cad'deb' académique ? Le temps n'est hélas plus à la fragilité. Le titane a brisé la porcelaine. Snif.

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Dans le bus : l’aller

Dans une bétaillère ou dans un car rutilant à deux étages, les déplacements d’une équipe de rugby marquent durablement la carrière d’un joueur. Toujours les mêmes rituels, les mêmes joueurs de cartes et les mêmes chansons paillardes… Dans le car : l'aller

Quand on joue à l’extérieur, un match de rugby c’est 80 minutes sur le terrain et surtout d’interminables heures de voyage en car. Pour un peu que les types d’en face aient planté leurs poteaux à 400 km de chez vous, ça veut dire départ dans le meilleur des cas à 7h du mat’ pour un retour assuré dans ses pénates à minuit, si on ne traîne pas trop.

Tout commence dans le petit matin blême d’un parking où l’on attend tous les traînards qui ne se sont pas réveillés. Alors certains finissent leur nuit dans le carrosse, et d’autres, complètement vaseux, errent à proximité d’une montagne de sacs de sport qui s’amoncèlent sur le bitume, près des soutes qui ne sont pas encore ouvertes. A cette heure là, les gens ne sont pas très loquaces. On se salue amicalement et on s’évite mutuellement la terrible épreuve des haleines de poney. Car dans l’urgence du réveil, peu ont le réflexe Colgate. Quant à ceux qui ont guinché la veille, fusillés du regard par les entraîneurs, ils s’échouent sur la banquette arrière telle de vieilles épaves.

Les sénateurs tapent le carton

Et puis l’équipage se met en branle comme un seul homme. Le calvaire peut démarrer. D’ailleurs, bien souvent, la gueule que tire les chauffeurs est assez édifiante : le pauvre a tiré le gros lot, quarante rugbymen à convoyer pendant des heures, et en plus un dimanche, jour de repos, quelle poisse ! Il y a d’abord les parrains du groupe, les sénateurs, ceux qui ont assez d’autorité morale pour s’être appropriés les fameuses quatre places autour de la seule table. Ceux-là, imperturbables, jouent aux cartes du début à la fin du trajet, à l’aller comme au retour. Ces spécimens peuvent s’enfiler plus de mille kilomètres dans la journée, en faisant abstraction totale de ce qui les entoure, sans broncher, sans manifester le moindre signe d’impatience. Un véritable îlot de sérénité. Impressionnant.

Le reste émerge peu à peu dans un murmure qui ne tarde pas à s’amplifier. Quelques salopards relâchent avec délectation leur sphincter pour enfumer sans vergogne l’habitacle du car, histoire de réveiller tout le monde. A croire que certains se gavent de cassoulet la veille au soir pour commettre de tels attentats… Les regards se braquent bientôt sur ce qu’il convient d’appeler l’opium du rugbyman en transhumance : l’écran vidéo.

Film de baston à l’aller, le boulard au retour !

Ce public est effectivement particulièrement cinéphile : c’est film de baston à l’aller et film de cul au retour. Dès les premiers râles de Van Damne et les premiers mots d’esprit de Wesley Snipes, le pauvre petit étudiant qui s’était donné bonne conscience en emportant ses cours comprend vite qu’il est temps d’abandonner ses vœux pieux. Lavage de cerveau jalonné de pauses pipi-cigarettes garantit de bonnes dispositions psychologiques avant le combat dominical. L’abrutissement collectif est parfois interrompu par le coach qui discrètement, se glisse sournoisement à vos côtés, échange des banalités navrantes avant d’en venir à ce qui a motivé son intrusion : le match de l’après-midi qui manifestement le tracasse au point de perturber une bonne séance de cinéma. Quel con !

Arrivés à destination, direction le petit bouillon qui attend le troupeau affamé. Il est environ 11h 30, et les sempiternelles crudités sont déjà servies dans les auges disposées en rang d’oignons. A suivre…

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Dans les vestiaires

Objet de multiples fantasmes, l'antre des rugbymen quelques instants avant le début du match, vaut le détour. Lieu clos interdit à toutes personnes étrangères à la tribu, cage où les fauves tournent en rond dans une atmosphère saturée de stress et de camphre, l'endroit, propice aux comportements les plus grégaires est aussi un formidable révélateur de personnalité. Immersion.

De l'élite professionnelle au plus petit niveau amateur, les vestiaires de rugby se ressemblent. Petit palace pour stars de Stade de France ou Algecos minables, ils s'y passe souvent la même chose : une préparation de match, avec tout ce que cela suggère comme stress. Car le rugby a ceci de particulier qu'il est un rude combat physique, où chaque joueur doit s'attendre au contact direct avec l'adversaire et doit donc se préparer à prendre des coups, voire des grosses marmites, selon la tournure des événements… D'où la terrible pression qui s'abat sur les épaules soudain bien frêles des quinze joueurs s'apprêtant à rentrer dans l'arène. La question est donc de savoir comment chacun de ces individus tolère cette pesante atmosphère, qui dépasse, on l'a bien compris, le simple enjeu sportif.

Tout d'abord le facteur aggravant : la promiscuité des lieux, phénomène qui exacerbe tous les affects. Regroupés comme du bétail ruminant leur anxiété, l'effet de groupe joue à fond…

Reconstituons le déroulement type de l'heure précédant la libération des bêtes.

14h : tout le monde rentre dans les vestiaires : joueurs, entraîneur, kiné, parfois dirigeants. Le rituel peut commencer. Chacun se dirige machinalement vers sa place habituelle pour y poser, ou plutôt y balancer son sac, signe indéniable d'une nervosité déjà palpable. On déconne encore pour évacuer le stress, on rit jaune, on commence à penser au match, bref un début de concentration s'installe. Le compte à rebours se déclenche.

14h10 : après un moment d'errements collectifs, les choses sérieuses commencent, on sort ses affaires. Les plus méticuleux extraient de leur sac une paire de pompe superbement cirée de la veille, crampons en alu de 18 rutilants, short impeccable, un slip tout frais et des chaussettes propres cela va sans dire. D'autres, un peu moins maniaques, sortent des godasses terreuses avec des crampons nazes, un short en haillon, des chaussettes qui fouettent à 3 km et un slip qui fleure bon la garrigue… Vient alors dans la foulée la remise plus ou moins solennelle des maillots. Parfois, quand le match est vraiment important, l'entraîneur appelle votre nom, vous apporte le maillot comme une offrande en vous lâchant un regard grave du genre 'j'ai confiance en toi alors te déchire cet après-midi, ne me déçois pas…'. Mais en général, c'est un dirigeant qui vous jette votre pelure à travers la gueule en beuglant votre numéro.

14h20 : un vestiaire de rugby, c'est aussi très scato… et pour cause, vous connaissez tous certaines fâcheuses manifestations du stress. Or, le problème dramatique est l'effet d'entassement qui rend les conséquences de ces troubles digestifs et autres flux de ventre parfois à la limite du supportable. C'est en tous cas quand on commence à renifler des odeurs pas très catholiques qu'on comprend qu'un processus de concentration intense a démarré. Imaginez-vous la scène : aux quatre coins de la pièce, les premières vesses bien sournoises se mettent à fuser, d'autres caisses plus musicales mais néanmoins aussi putrides sont lâchées sans vergogne. Des protestations s'élèvent, mais le traditionnel « putain qui c'est qu'a chié ? » reste sans effets. Les plus résignés s'emmitouflent dans leur maillot ou respirent par la bouche, puis de guerre lasse, apportent leur contribution au bouquet ambiant… C'est à peu près à ce moment-là que les dirigeants décident d'évacuer les lieux. On reste alors en famille, au milieu des effluves de jasmin et de violettes. Les plus ballonnés par le stress montant insidieusement, s'en vont du côté des malheureuses latrines qui jouxtent les vestiaires et qui paraissent vite débordées par tant de fougue. Y aller en dernier, c'est un acte de bravoure… ou de nécessité absolue.

Le camphre, baume universel

14 h 30 : tout le monde est en tenue, et encore une fois il est question d'odeurs, mais douces et agréables, celles du baume universel, de l'onguent magique de tous les rugbymen dignes de ce nom : le camphre. Ses effluves mentholées parfument ce qui reste d'atmosphère. Puis il s'étale sur les cuisse glabres et fuselées des trois-quarts ou sur les gros culs poilus des piliers, s'amasse sur les arcades proéminentes des deuxièmes barres… Bref, il prépare les corps à la terrible joute qui s'annonce. Déjà, certains commencent à tourner en rond avec leurs cuisses de poulet ébouillantés par les diverses crèmes chauffantes et cherchent du regard d'autres partenaires pour jauger mutuellement leurs dispositions d'avant match. Dernières petites recommandations techniques individuelles dispensées par un coach dont on se demande si sa femme n'est pas entrain d'accoucher dans le vestiaire d'à côté. Tout le monde est en tenue, on sort pour l'échauffement (20mn) puis on revient pour une dizaine de minutes épiques…

14 h 50 : cette fois, ça y'est, on ne rigole plus, faut commencer à lâcher la goupille et déposer les neurones dans le sac. L'instant est généralement un moment privilégié de la vie de groupe qui voit l'entraîneur et le capitaine se dis****r un véritable concours d'éloquence ; car il faut les motiver tous ces garçons, la pression doit être à son paroxysme. Le coach prend la parole au milieu d'une assemblée silencieuse, prête à tressaillir aux mots qui feront mouche. Exercice difficile pour l'orateur qui doit vivre intensément son discours pour communiquer son influx. Le style guerrier est fréquemment de mise, objectif : transformer quinze jeunes gens bien sous tous rapports en serials killers. Dès lors, toutes les ficelles sont bonnes pour le coach qui après avoir rappelé les principes fondamentaux des vertus du combat, du courage et du sacrifice, peut jouer sur la fibre de l'orgueil, du genre : "ils nous ont mis quarante grains au match aller, ils nous prennent pour des guignols, ils ont le sourire aux lèvres, on va les peler comme des rats…". Discours ayant une certaine emprise sur les esprits les plus… réactifs : les "gros", c'est-à-dire les avants, plus exposés à la brutalité du jeu, trépignent et se tiennent par le maillot en tirant des gueules de pit-bulls. Parfois, certains joueurs galvanisés et un peu trop émotifs craquent en sanglotant comme des gamins à qui on aurait volé leur goûter. D'autres vivent ces appels à la guerre sainte de façon plus intérieure, il s'agit d'ordinaire des trois-quarts qui ont besoin de tout leur sang froid pour assurer sur le terrain. Mais quand même, aux expressions "va falloir avoir les *******s", "on va leur marcher sur la gueule", "on est chez nous, merde !", etc… ils ont souvent tendance à pâlir, se replier dans leur coquille, bref à se chier dessus.

Puis vient l'heure du capitaine, qui dans ces moments là n'est pas très enclin à donner dans la grande pédagogie. Alors il en rajoute une couche du style "pas de tricheurs sur le terrain, tous au mastic !!!", moins inspiré il arrive qu'il se fende d'un magistral : "les mecs, si on perd aujourd'hui, c'est la défaite merde !". Et là, il n'est pas rare qu'on entende un gros fou rire étouffé.

Edited by Delph
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L’échauffement

Maudits soient les échauffements ! Moment honni par tous rugbymen normalement constitués, il nous fait flipper et nous donne envie de gerber. En trottinant derrière les pagelles, encore tout ensuqués d’un repas du midi mal digéré, on se demande bien pourquoi on a choisi ce sport…

Quel que soit le lieu de l’échauffement, dans un embut sous les quolibets d’une foule hostile, sur un terrain vague, un champ de patates ou un vieux bout de pelouse encadré par quelques arbres chétifs, personne n’a entendu dire : " je me suis vraiment fait plaisir à cet échauffement…". Si c’est le cas, vous êtes en présence d’un dangereux maniaque ou d’un préparateur physique.

L’échauffement, c’est d’abord la vision d’un troupeau qui piétine un embut en tentant de soulever les genoux, de ramener les talons aux fesses…

Pathétique, quand l’entraîneur lance le signal des fameuses accélérations dans la largeur. Ces accélérations, censées être progressives ou foudroyantes, ont de quoi laisser pantois l’observateur. Après le "top" d’usage hurlé pour déchaîner les énergies et lâcher les chiens, un léger frémissement. Dérisoire. Seul, un ailier s’extrait de la masse pour galoper frénétiquement au devant de ses copains. Mais les autres restent groupés, paralysés, rouillés. Le signal aura eu l’effet d’une épingle à nourrice plantée dans le cul d’un mammouth.

Le syndrome cotonou

Mais faut comprendre, l’échauffement intervient toujours en pleine digestion… et quelle digestion. Entre renvois de carottes râpées et de jambon-purée, difficile de se concentrer sur les pompes-abdos qui vous préparent au combat. Alors vient ce que certains joueurs appellent le syndrome "cotonou". Suffoqués par la pression, les émotifs ont subitement les jambes en coton. Anémiés, ils font des changements d’appuis qui tournent aux crochets de vieilles.

Les plus indisposés s’en vont, solitaires, poser un fox salutaire pour un estomac saturé par le stress. Quelques petits malins prétextent toujours la "petite pointe dans la cuisse" pour ne pas courir avec les autres et font semblant de s’étirer en grimaçant.

Et puis vient le premier contact avec l’adversaire. Un contact visuel. On les aperçoit vaguement, au loin, dans l’autre embut, à faire des allers-retours entêtants. Ils ont forcément l’air costaud, affûtés, hyper motivés, ils ont les cuisses luisantes et dégoulinent de vaseline, ce qui témoigne de leur détermination. On devine parfois l’écume qui mousse ou coin des lèvres, leurs yeux exorbités. Envahi par une peur primitive, celle qui fait avancer le gibier traqué, on se met à regarder ses chaussures en se disant " vivement cinq heures dans les vestiaires qu’on se fume la petite clope du réconfort…". Et pour un peu qu’on joue à l’extérieur, en territoire ennemi, chambrés par quelques ultras travaillés au rouge limé, alors ce pessimisme se transforme en délire parano : vous avez tendance à surévaluer votre vis-à-vis que vous pistez d’une manière obsessionnelle. Et les vertus hallucinogènes des odeurs de camphre font le reste. Si votre homme n’est pas tout à fait rachitique vous l’imaginez comme un monstre de puissance qui va tout emporter et vous traîner sur 30 mètres comme un vermisseau, s’il fait 40 kilos, ça doit cacher quelque chose, vous vous suggérez qu’il doit avoir des cannes de feu et qu’il va vous humilier sous les hourras du public.

Bref, il est alors vraiment temps de regagner les vestiaires parmi les rots caverneux, les pets foireux et le claquement des crampons sur le carrelage des couloirs. Débarrassés de nos démons qui nous hantent, le vrai combat va commencer…

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La douche

Lieu hors du temps où sont bannies toutes formes de fausse pudeur, où la nudité se montre brute de brute, le bloc douche est un petit eden pour les braves qui trouvent dans la moiteur apaisante source de réconfort.

Dans les vapeurs suffocantes, des corps sculpturaux se détendent. Les griffures qui décorent les torses torturés témoignent de l’âpre combat qui vient de se dérouler. L’écume savonneuse à la fleur d’oranger n’en finit plus de couler sur ces buffets d’acier, ces pectoraux saillants, le long de ces dos puissants jusqu’à la naissance de fesses bien rebondies. Dans la brume d’étuve, on entend des soupirs, des regards complices se croisent, les éphèbes s’effleurent, les savonnettes tombent. Michel-Ange n’aurait pas craché sur ces scènes de mâle poésie.

Mais bon ça, c’est pour le folklore… et les phantasmes.

La réalité est bien différente. Question force en présence, conservez quelques bellâtres à la plastique flatteuse et ajoutez-y une bonne dose de gros culs poilus, de grands échalas et de petits trapus afin d’obtenir la composition vraisemblable des douches de rugbymen.

Car le rugby, c’est quand même la diversité, et question nudité, c’est un mélange curieux qui donne à l’endroit un côté un peu clip vidéo pour une marque de slip et à l’envers un côté un peu cour des miracles, ou pub pour Cochonou.

Mais bon, quand on y est, on s’en rend pas compte, à force de se doucher ensemble, on finit par se connaître par cœur et on a renoncé depuis bien longtemps à se détailler mutuellement, sauf quand on est d’une humeur chambreuse.

Place au Phénomène…

Pas de complexes, on est tel qu’on est… on trouvera toujours mieux ou toujours pire, comme thérapie de groupe, c’est pas mal. Bon d’accord, il y en a toujours un ou deux, des vrais exhibitionnistes, qui conscients de leurs formes avantageuses aiment se montrer. Genre de mec qui met trois plombes à se rhabiller, debout sur un banc, de préférence quand la porte des vestiaires est grande ouverte.

Mais en pratique, les douches, c’est avant tout un bel embouteillage. Trop de joueurs, pas assez de places, pas assez de pression dans les tuyaux, trop de crasse à laver, top de traînards, trop de passe-droits aussi.

Qui n’a jamais pesté contre un sénateur du groupe, un vieux loup du club qui prétend avoir, depuis le temps, une douche attitrée, ce qui l’autorise à regarder les petits jeunes attendre se cailler à poil dans le bloc, jusqu’à épuisement de l’eau chaude. Pas très sport certes. Comme ceux qui, économes ou avares, et un brin parasites, n’apportent jamais de gel douche et se contentent avec cynisme de piquer l’Ushuaïa à la pomme verte du pauvre gnangnan qui lui se ruine en budget soins corporels… Classique.

Et puis, dans les douches, c’est toujours l’occasion de pointer le Phénomène, celui qui fait parler de lui toute la saison parce qu’il a tendance à transformer les endroits où il se balade en véritable vivarium à cause du reptile, genre boa constricteur, qui pendouille où vous savez. Curiosité de la nature qui ne manque pas, à chaque fois, de méduser tous ses camarades qui évoquent cette anomalie soit avec un effarement amusé, soit avec une commisération sincère envers sa conjointe.

Toujours est-il que le garçon, heureux élu, aura gagné le droit d’être appelé par tous les surnoms possibles et imaginables, style "Dumbo", "la béquille" ou "baby arms". Le "lauréat" n’en prend généralement pas ombrage et en tire même parfois un certain orgueil, quand il est assez benêt pour ça…

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  • 2 weeks later...

Dans le bus : le retour

Evidemment, il y a retour et retour. Retour de victoire et retour de défaite ne se ressemblent guère. Débordements orgiaques ou sobriété tristounette d’un voyage presque ordinaire, à vous de choisir…

Au rugby, gagner un match à l’extérieur relève bien souvent de l’exploit. Même si vos adversaires sont en théorie plus faibles, le match "à la maison" galvanise, transfigure ceux qu’on croyait sacrifiés d’avance en bêtes féroces prêts à tout pour défendre leur peau. Vertus guerrière venues du fond des âges qui ceignent le terrain de vos hôtes d’épais remparts, le jalonnent de solides donjons et vous promettent 80 minutes de délicates attentions. Dans ces conditions, la victoire, c’est la prise d’une forteresse. Les vaillants conquérants deviennent alors terribles soudards qui veulent piller la cité, violer les bergères et pendre les curés. Entre joie démesurée et sentiment d’être devenu intouchable, le rugbyman victorieux monte dans le car…

La loi barbare

Faut-il préciser qu’auparavant, la petite collation organisée par les bénévoles du club qui reçoit, s’est transformée en véritable orgie. Pâté-croûte et rillettes engloutis en cinq minutes chrono, litrons de blanc siphonnés à la vitesse de la lumière. Les joueurs adverses, humiliés, se tiennent silencieux dans leur coin, mâchonnant leur sandwich et laissant leurs vainqueurs triompher sans pudeur à l’intérieur de leurs murs. Les premiers refrains paillards ne tardent pas à fuser. Vous savez, ces sempiternelles ritournelles qui rythment la carrière d’un joueur, qui parlent de moines dotés de grosses bites, d’étudiants sodomites et autres Marie-salopes qui lèvent allègrement la cuisse. Bref, après deux heures d’un sage goûter arrosé de Banga, la bruyante équipée rejoint le car, non sans avoir déboulonné les deux ou trois pochards qui avaient pris racine près du zinc. Le chauffeur, toujours le même, désigné par sa compagnie comme convoyeur de rugbymen, n’est pas surpris. Il est blindé et sait qu’il dérogera à toutes les règles du métier, qu’il laissera faire, que le véhicule ne lui appartient plus, et qu’on lui demande juste d’arriver à bon port. Les interdictions formelles du genre : on ne fume pas, on ne boit pas sont balayées par la loi barbare.

Comme par magie, il y a toujours dans ces moments là un type qui remonte des soutes un énorme pack de bière à noyer un régiment de légionnaires.

Moment magique : le boulard

Alors ça chante, alors ça boit, et quand on s’arrête pas assez souvent, ça pisse dans des bouteilles d’eau minérale. Exercice délicat qui devient un jeu amusant : bien viser malgré les secousses, ne pas faire déborder la bouteille. Déferlante urinaire contenue vaille que vaille et inévitable festival de gerbe qui s’ensuit. Et la, pas question de trouver une bouteille, mais plutôt un sac plastique qui traîne sous un fauteuil, si possible non troué. Le gerbeur gerbe donc, sans commisération alentour et sans entamer sa bonne humeur puisqu’ après la purge, il se remet à boire et à chanter. Ou pire, à prendre le micro de façon intempestive pour raconter des conneries ou pour se répandre lamentablement en émotions d’ivrogne sur l’amour qu’il porte à cette équipe, à ce club formidable, etc… Et puis vient le moment unique, celui assez puissant qui capte l’attention d’une trentaine de compagnons imbibés : le visionnage du boulard. Quand on a plus rien à chanter, plus rien à boire, il y a toujours un énergumène qui déniche dans la petite vidéothèque du chauffeur un bon vieux p****. Alors au début, tout le monde se marre, on commente, on remet des scènes au ralenti. Et puis viennent ces minutes délectables, hors du temps, où on rigole un peu moins, où les commentaires se font plus sporadiques, et où finalement dans un silence absolu, tout le monde regarde vraiment le film. Les chapiteaux se dressent un par un sous les survêt’… atmosphère lubrique, trop peut-être jusqu à en devenir gênante. Et quand la gêne devient trop palpable, le chahut revient laissant derrière lui cette étrange pause libidineuse.

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  • 2 weeks later...

Delph tu es vraiment une journaliste en herbe !! :blink:

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Malheureusement, ce n'est pas moi qui aie écris ça.

C'est un mec qui l'a écrit sous le pseudo de Prince d'Euphore, je n'ai fait que rechercher l'ensemble des textes et les mettre ici.

D'ailleurs il en manquait.

Les recrues bidons

Ils débarquent à grands roulements de tambour, sont précédés par une réputation flatteuse et possèdent un CV de joueur long comme le bras… Ils sont les recrues de l'année, les trouvailles inespérées du mercato, ceux qui font jaser dans les chaumières. Mais à l'arrivée, ils sont toujours ceux qui déçoivent. Voyage au pays de la mythomanie…

Les recrues bidons sont de deux natures. Il y a les anciennes gloires, ces joueurs au passé prestigieux qui, usés par une carrière éprouvante, chassent le gros chèque dans un petit club aussi naïf qu'ambitieux. Puis il y a ces joueurs nomades, qui changent de clubs saison après saison parce que trop mauvais pour rester plus d'un an au même endroit pour ne pas se faire lyncher par les villageois. Des joueurs de la catégorie "imposteur", complètement mythomanes qui se vendent à merveille à ceux qui veulent entendre et s'inventent de prodigieuses carrières…

La recrue bidon du premier type, l'ancienne gloire, suscite généralement l'enthousiasme au sein du club. Les dirigeants se la pètent en croyant avoir déniché le sauveur, plastronnent avec leur blazer étriqué autour des terrains en prenant des airs importants. Mais en réalité, ils prennent le messie pour une lanterne… Celui-là, le messie, n'est en fait qu'un vieux prédicateur, un conteur fatigué qui essaient de faire rêver les jeunes de ses exploits anciens, du temps où il jouait au centre avec untel ou untel, du temps où il avait mis un tampon mémorable à celui-ci qui jouait en équipe de France, à celui-là qui venait d'être champion de France avec Toulouse. Et puis, sans fin, dans le car qui nous emmène au stade de Belleville-sur-quequ'chose, nous raconte, en embellissant, sa guerre de 14. Puis quand vient 14h dans les vestiaires et qu'on constate que le bougre est boudiné dans le maillot de son nouveau club, que sa brioche dépasse un peu, que ces gestes laborieux trahissent un corps qui tolère mal les avanies des joutes passées, alors on se dit, ou du moins souhaite, qu'il a au moins de l'expérience et du vice à revendre…

Bobards sous la douche

Certes, on avait déjà remarqué, à l'entraînement, qu'il n'avait pas la fougue d'un jeune loup affamé, mais on se disait que c'était la force tranquille, qu'il allait tout donner en match et que là, on allait se rendre compte de l'étendue de sa classe, de son rayonnement. Surtout qu'il jette de la poudre aux yeux, en sortant de son sac d'entraînement des maillots d'équipes prestigieuses, des chaussettes de la Section, un short du Stade, un slip du B.O… tout un tas d'oripeaux qui ont chacun des histoires incroyables. Une garde-robe à faire rêver ! Finalement, on se retrouve à 16h30 sous les douches, avec une bonne valise dans les gencives. Notre héros ne nous a même pas fait le coup de l'Empire des Cent jours, il n'a même pas brillé une dernière fois avant de disparaître. Jouant comme les autres, trop fatigué pour sonner la révolte, harcelée par des adversaires qui voulaient se farcir une ex-star, notre homme a baissé pavillon rapidement. Par contre dans les douches, il trouvera toujours, surtout si il joue devant, le moyen de sauver la face pathétiquement en racontant des bobards style : " le 4 je l'ai fait couiner, le 3 je l'ai plié dans un maul…".

Vers Castres…

La recrue bidon de deuxième catégorie est impressionnant par sa gouaille. Car pour se vendre à un club sans montrer sa valeur réelle sur le terrain, il faut en raconter des conneries, donc être un bon mythomane. Et là où il est très fort, c'est sur son label, son pedigree de joueur de haut-niveau fictif qu'il a appris à manier avec maestria. Par exemple, il dit qu'il a joué à Castres. Et puis en le voyant à l'œuvre, on se rend compte que c'était plutôt… vers Castres. Parfois, il affirme avoir joué par exemple à Grenoble, dans le vrai club cette fois, c'est-à-dire au FCG, d'ailleurs il a un maillot certifié conforme. Après une enquête rapide, on se rend compte qu'il a été licencié un an effectivement au FCG et qu'il a évolué en équipe 4 avant de se faire promouvoir, un dimanche d'épidémie, en équipe 2 pour un match amical où il a côtoyé un grand joueur qui se refaisait une cerise en réserve… Amplifier le détail insignifiant, omettre l'essentiel, c'est la recette du leurre. Pour corser le tout, notre imposteur, qui sait abuser de la crédulité de son nouvel environnement, nous sort toujours pour se rendre crédible son carnet d'adresse où figurent des noms de légende avec qui il a sympathisé, le portable de X ou Y, des vieux potes qui font la java avec lui de temps en temps. Au final, quand on découvre, très vite, la supercherie, le loustic a déjà un autre club en ligne de mire, en Belgique, en Islande ou en Corée où il est toujours plus facile de refiler sa camelote.

Edited by Delph
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Les Cagoulinades

Quel joueur de rugby n’a jamais eu envie de rentrer aux vestiaires persuadé d’avoir gagné ce précieux tee-shirt rouge ? Ce joli sport est parfois bien cruel avec la vanité et l’excès de confiance. Le ballon ovale a mille et une façons de vous donner des points dans le challenge du cagoulin…

Le rugby, ce n’est pas simple. Le ballon est ovale et rebondit n’importe où, les règles sont compliquées et changent toutes les saisons, vos adversaires n’ont en général qu’un seul but : vous broyer. Dans un tel contexte, il n’est pas toujours aisé de finir une rencontre avec dignité. Mais comme si le jeu et les autres joueurs ne suffisaient pas, certains rajoutent parfois un peu de leur propre maladresse ou de leur déveine. Alors là, les choses se compliquent vraiment.

La Cagoule de l’hélicoptère ou du tourniquet : mésaventure qui arrive souvent aux ailiers. Ceux-ci, en pleine tentative de débordement, se font reprendre in extremis par un troisième ligne qui traîne ou par leur vis à vis. Comme il vous accroche par le bout du maillot et ne peut vous délivrer un plaquage académique, il se sert de votre vitesse pour vous déséquilibrer en vous faisant tournoyer comme un lanceur de marteau dans sa cage. Vos appuis se dérobant, vous voltigez dans les airs sans pouvoir résister en terminant votre course lamentablement dans les panneaux publicitaires. Cette technique du tourniquet est parfois sanctionnée par les arbitres pour jeu dangereux et obtention trop facile de point pour le cagoulin.

La Cagoule du raffut dans la gueule : un grand classique du genre. Un type d’en face se fait une énorme valise et court tout seul au milieu du pré. Comme il n'a pas de cannes, vous revenez en diagonale de façon irrésistible et vous jubilez à l’idée du beau carton qu’il va prendre dans les côtelettes. Vous êtes donc lancé, vous vous rapprochez, il est à une petite longueur, vous armez vos épaules et commencez à vous baisser pour lui administrer le caramel sanction. Mais vous êtes encore trop haut, lui dans un ultime réflexe, tend son bras, paume grande ouverte… sur l’occiput. Vous voilà le cul par terre, à regarder votre lièvre planter entre les pagelles, au milieu de la clameur amusée du public, car généralement, ces choses là arrivent souvent devant les tribunes… d’honneur.

La Cagoule de la percu : quand on gagne des points pour le cagoulin suite à la percussion d’un gros cochon de l’équipe adverse, on a souvent un petit pré-sentiment juste avant la catastrophe. Quand le golgoth s’extrait de la nasse pour vous charger dessus en écumant de rage, vous avez comme un petit flageolement dans les jambes, une petite fébrilité. Bref on gamberge, comment je vais arrêter cette mule, un plaquage héroïque, c’est risqué, je vais y laisser mon épaule, un plaquage de judoka pour le déséquilibrer, mais il risque de me traîner sur 50 mètres avant de me piétiner. Alors on doute et au moment fatal, on est un peu sur ses appuis arrières, on prend un grosse percu dans le cornet. Désintégré, vous tombez les quatre fers en l'air dans un bruit sourd et douloureux avant de vous faire pourrir par vos coéquipiers : "tu t’es chié dessus, tu t’es échappé…", ce qui n’est pas complètement faux.

La Cagoule du coup de pied de vieille : affront courant fait à celui qui veut utiliser son pied soit pour se dégager, soit pour inscrire une pénalité ou un drop. Dans ce cas, pas besoin de l’adversaire pour marquer des points dans le championnat du cagoulin. Imaginez une passe de rêve de votre demi de mêlée, des adversaires surpris, ne montent pas, vous avez tout votre temps pour ajuster un drop splendide. Vous vous appliquez, mettez trois plombes à bien placer votre ballon et vous élancez votre jambe. Oui mais là, petite erreur technique, le pied mal positionné, les épaules mal orientées et voilà… le ballon, au lieu de s’élever dans les nuages, décapite une taupe pour finir sa course misérable quelques mètres plus loin. Un coup de pompe de criquet qui vous vaut tous les quolibets de la foule moqueuse ainsi que de nombreux point dans l’obtention du tee-shirt.

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Malheureusement, ce n'est pas moi qui aie écris ça.

C'est un mec qui l'a écrit sous le pseudo de Prince d'Euphore, je n'ai fait que rechercher l'ensemble des textes et les mettre ici.

D'ailleurs il en manquait.

... oui mais cela se sent au vu de tes propres écrits, de ce que tu recherches parmi les autres posts etc ..

bref, une vraie bonne fouineuse ! ;-)

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Ca y est, c'est tout ce que j'ai trouvé. :whist:

Je viens de me les faire tous ( les articles ), c'est vraiment très bons et tellement vrai. Il manque l'arret chez Alex à Noé ( ça existe toujours ?), et puis moi qui croyait qu'il n'y avait que notre équipe qui matait des pornos dans le bus... Enfin le coup des recrues c'est vraiment du vécu !!!

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  • 2 months later...
Guest Capitaine Jeff

Tiens delph,

je complete tes recherches avec le dernier paragraphe qu'il manque...

Les tribunes

Il est de coutume de comparer, voire d’opposer, public de rugby et public de foot. L’exercice est délicat et bien souvent vain. Les regroupements de masse produisent fréquemment les mêmes effets bien que l’on qualifie volontiers la foule d’amateurs d’ovale davantage bon-enfant. Toujours est-il que dans tous les stades de France, sauf peut-être en Bretagne, le spectacle est autant dans les tribunes que sur le terrain…

Pourquoi réserver une place particulière au public breton, et plus précisément au public rennais puisque c’est parmi les tribunes bien garnies de Courtemanche que nous nous sommes glissés afin d’y promener notre regard baladeur ? La réponse est simple : Rennes est en matière de rugby une vraie terre de mission. Par conséquent, le spectateur rennais, tout juste initié aux subtilités d’un jeu quoi qu’on en dise complexe, a une âme candide. Une fraîcheur virginale de nature à attendrir les plus vieilles roulures de l’ovalie française.

Bienvenue dans le salon de thé

Ainsi, une personne habituée au joyeux tintamarre d’une tribune méridionale aurait probablement l’impression, en foulant les travées de Courtemanche, de s’installer dans un salon de thé. Entre gens de bonne compagnie, on vient assister à de curieuses joutes où l’on se roule dans la boue pour s’emparer d’un cuir même pas rond. On applaudit et manifeste un embryon d’allégresse quand les joueurs portant les couleurs locales gagnent du terrain, on s’interloque quand l’arbitre siffle une pénalité, on affecte un air désolé quand on réalise que les adversaires du jour viennent de marquer des points et on ne siffle même pas les tentatives du buteur d’en face. Car vous l’avez bien compris, il n’est pas vraiment question à Rennes de supporters mais plutôt de simples spectateurs.

Et là où cinq cents de ces derniers émettent autant de décibels qu’un pépé somnolant au TNB, une dizaine d’enragés toulonnais (par exemple) vous font vibrer les murs du stade Mayol. Là où le spectateur rennais s’afflige d’une mêlée relevée, le supporter toulonnais exulte en lâchant un rituel : "eh, le 4, tu l’as pas volée cette tomate, depuis le début que t’es hors-jeu !!". Et que dire des traditionnelles broncas s’abattant sur les joueurs visiteurs qui sortent du tunnel pour se présenter sur le terrain. Aux terribles huées , râles sauvages et inévitables "t’es pas beau le 8 !" ou "tu te chies dessus le 10 !", répondent à Courtemanche un hardi et très intimidant « sont pas terribles leur maillot, tu trouves pas ?? ». Public familial, public bien éduqué, on risque risque pas l'envahissement de terrain.

Un peu de piment dans la soupe

Pourtant, à Rennes, il existe bien un « cop », enfin un « mini cop », situé en face des tribunes, où quelques énergumènes à l’accent rocailleux et au verbe haut font les cents pas pour accompagner l’évolution du jeu sur le terrain. Cette poignée d’anciens, probablement importés d’authentiques pays de rugby n’ont pas leur langue dans leur poche et "redorent" un peu le blason du public rennais. Un peu de piment dans la soupe en somme. Un petit plaquage à retardement et résonne un tonitruant "****** le 6 … tu vas pas finir le match toi !" (évidemment, prononcez "einecoulé").

La casquette à carreaux vissée sur la tête, ils s’empressent de faire un tour à la buvette à la mi-temps pour étancher une soif de cheval. Après deux ou trois gobelets de vin chaud dans le cornet et un peu de philo de comptoir lâchée à la cantonade, la gouaille reprend de plus belle et on retourne à son poste de combat, encore moins disposé à la contrariété mais bien plus à la mauvaise foi. Ambiance électrique, pétage de durite imminent. A la moindre incartade adverse (mauvais geste, raffut dans la gueule, anti-jeu…) ou arbitrale (faute non signalée ou coup de sifflet trop tâtillon), c’est un torrent d’insultes colorées qui se déverse dans l’arène : "eh gros jambon d’arbitre, tu le siffle le talonnage à la main ?? depuis le débuuuuut…".

Dans un accès de rage, il arrive souvent au "copiste" de casser son buste sur la main courante en tapant frénétiquement sur les panneaux publicitaires. Parfois blasé, il s’en prend à ses propres joueurs quand ceux-ci jouent mal et les cisaillent donc selon la règle du "plus on vieillit, meilleurs on était…", car ces gens là sont généralement des anciens joueurs, et à les écouter, de très grands joueurs voire des stars. "Nous on se déballonnait pas comme ça, on les encasquait ces gros cochons et en prime on faisait chanter le cuir, ah ça c’est sûr, les ailiers, ils en palpaient du ballon… ". Discours décousus, bribes de souvenirs embellis par le temps fuyard et en tous cas facette inusable du folklore rugbystique. Et ces supporters bougons- qui existent dans tous les stades de France- repartent à 16 h 30 chez eux en grommelant on ne sait quoi, jamais contents du spectacle, tous des nuls, ils mouillent pas le maillot, faut virer l’entraîneur, les joueurs -des mercenaires- les dirigeants –corrompus- qui connaissent rien au rugby, etc… enfin, l’habituelle rengaine.

:original:

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Capitaine jeff, excuse moi, à cause du spam actuel que nous subissons, j'ai supprimé par erreur ton compte. Désolé.

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Capitaine Jeff
Capitaine jeff, excuse moi, à cause du spam actuel que nous subissons, j'ai supprimé par erreur ton compte. Désolé.

No probleme, Je me suis re-inscrit...

J'espere que je le resterai plus d'un jour.. : :shaun:

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  • 3 weeks later...

cela n'a rien à voir avec le Prince mais l'autre jour j'ai lu un article d'archive sur Corps et Culture que j'ai apprécié de la même façon que j'ai aimé les decription ethnologique du bon Prince.

En espérant que cela vous plaira aussi :rolleyes: : Le « corroborée » du rugby languedocien n’est plus que légende

le texte intégral et en bas de page

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