Xv-31 Posted October 12, 2009 Posted October 12, 2009 Jean-Luc Sadourny est un ancien joueur de rugby professionnel. Celui qu'on appelle La Vieille a passé toute sa carrière à Colomiers, le club de son coeur. Sélectionné pour la première fois contre le Pays de Galles le 4 septembre 1991, Sadourny a finalement joué 71 fois avec les Bleus et a parfaitement succédé à Serge Blanco au poste d'arrière. Auteur de "l'essai du siècle" contre les Blacks le 3 juillet 1994, Sadour a participé aux Coupes du Monde 1991 et 1995, et faisait partie du groupe qui a réalisé les Grands Chelems de 1997 et de 1998. Mettant fin à sa carrière de joueur en 2004, Sadourny a enchaîné avec une carrière d'entraîneur. Après avoir passé quatre saisons à Colomiers, il a entraîné Blagnac puis Saint-Gaudens. Désormais, l'originaire de Toulouse se concentre sur sa carrière professionnelle, sans pour autant dire adieu au rugby. Quentin Moynet : Bonjour Monsieur Sadourny. Tout d'abord, un grand merci à vous d'avoir accepté de répondre à mes questions. Revenons maintenant sur votre carrière de rugbyman au cours de laquelle vous n'aurez finalement connu qu'un club, l'US Colomiers. Que retenez-vous de vos années là-bas ? Jean-Luc Sadourny : J'ai commencé à jouer au rugby avec Colomiers dès l'âge de cinq ans, en poussin. J'ai donc vraiment tout connu là-bas, et notamment plusieurs saisons merveilleuses en Championnat de France et en Coupe d'Europe. Les années 1998, 1999 et 2000 où nous avons atteint à chaque fois une finale restent comme mes meilleures moments passés à Colomiers. Q.M : J'imagine que d'autres grands clubs, français ou étranger, vous ont contacté au cours de votre longue carrière. Lesquels ? J-L S : Il faut savoir qu'en rugby, même si le professionnalisme a changé pas mal de choses, il n'y a pas un marché des transferts comme en football, les joueurs ne changent pas de club tous les ans. Pour ma part, j'ai surtout été contacté entre 1997 et 1999, notamment par Perpignan et Castres en France, et par Richmond en Angleterre. Q.M : Vous êtes né à Toulouse, et pourtant, vous n'avez jamais joué là-bas. Pourquoi ? J-L S : Tout simplement car je n'ai pas été contacté par le club, contrairement à Stéphane Ougier. Et puis, je ne me voyais pas quitter Colomiers. Je m'entendais très bien avec Michel Bendichou, président à l'époque où j'ai eu des contacts avec des clubs. De plus, Colomiers devenait de plus en plus ambitieux. Je suis donc finalement resté et je pense avoir fait le bon choix. La preuve, nous sommes allés trois fois en finale en trois saisons. Q.M : Vous n'avez donc aucun regret, comme par exemple, celui de n'être jamais devenu champion de France, ni champion d'Europe ? Peut-être que vous auriez pu le devenir dans un autre club que Colomiers, non ? J-L S : Non, comme je l'ai dit plus tôt, je ne me voyais pas quitter Colomiers. L'ambiance était très bonne, le groupe, le président et tout le staff très ambitieux. Il s'en est fallu de très peu pour que nous ne devenions champions de France. Il ne faut pas non plus oublier que nous avons remporté le Challenge Européen en 1998. Et puis, personne ne sait ce qui se serait passé si j'étais parti dans un autre club. Peut-être que je n'aurais gagné aucun titre. Q.M : Justement, revenons sur les finales de 1999 et de 2000 perdues respectivement contre Ulster (Coupe d'Europe) et contre le Stade Français (Championnat de France) ? J-L S : Mes sentiments sont très différents sur ces deux finales perdues. La finale de la Coupe d'Europe 1999 contre Ulster était très particulière. Cette année-là, nous étions vraiment très forts et pourtant, nous avons pris une petite déculottée. Je ne sais pas si c'est l'ambiance (le match se déroulait en Irlande), l'enjeu ou tout simplement un jour sans, mais quoi qu''il en soit, nous étions passés totalement à côté de ce match, incapables de renverser une situation très délicate dans laquelle nous nous étions mis tous seuls. En ce qui concerne la finale du Championnat de France 2000 perdue contre le Stade Français (28-23), je n'en garde pas un goût amer. Bien sûr, on joue une finale pour la gagner et on ne se souvient que du champion, mais je préfère retenir notre superbe parcours au cours duquel, grâce à une grande réussite et à un état d'esprit énorme, nous avions battu Bourgoin (20-18) en barrage avant d'éliminer Castres (15-29) et de réaliser un exploit en demi-finale à Pau (22-24). Fabuleux. Q.M : Vous avez été sélectionné à 71 reprises en équipe de France. Que retenez-vous de toutes ces années en Bleu ? J-L S : Je ne retiens que du positif de mes sélections en équipe de France. Bien sûr, les deux Grands Chelems de 1997 et 1998 font partie de mes meilleurs souvenirs en bleu. Le tournoi est toujours un instant magique pour un joueur de rugby. Mais, étonnamment, si je devais ne retenir qu'un seul moment, je choisirais la Coupe du Monde 1995 et la demi-finale perdue contre l'Afrique du Sud (19-15). D'une part, il y avait eu trois préparations pour ce match à cause de la pluie qui rendait le terrain impraticable et, d'autre part, malgré l'immense déception de la défaite après un match qu'on aurait vraiment pu gagner, l'événement, le peuple derrière l'Afrique du Sud m'ont vraiment marqué. Je pense aussi que c'est l'année où l'équipe de France avait le meilleur groupe pour devenir championne du monde. Et puis, la victoire contre l'Angleterre lors de la petite finale, c'était la cerise sur le gâteau ! Je crois que l'on avait perdu nos six ou sept dernières confrontations contre les Anglais et cette victoire nous permettait, en plus, de finir troisième de la Coupe du Monde et d'être directement qualifiés pour celle de 1999. Q.M : Votre surnom de "successeur de Serge Blanco" a-t-il été difficile à porter ? J-L S : Non, je ne me suis même pas posé la question. Quand Serge a arrêté, j'avais tout à prouver à l'arrière. Je me suis remis en question après chaque match. Je n'ai jamais essayé d'être un second Serge Blanco, de l'imiter, j'ai toujours joué à ma façon, avec mes qualités et mes défauts. Je crois que cela a plutôt bien fonctionné. Q.M : Regrettez-vous de ne pas avoir été retenu dans le groupe pour la Coupe du Monde 1999 ? J-L S : Oui bien sûr, mais malheureusement, je n'y pouvais rien, ce n'est pas moi qui décidait. Il y a des moments difficiles dans une carrière de sportif, ce fut l'un des plus gros. Cela ne m'a pas empêché de soutenir les Bleus et notamment Hugo Mola et Xavier Garbajosa, les deux arrières retenus pour cette Coupe du Monde. Q.M : Vous avez pris votre retraite de rugbyman en 2004. Vous êtes ensuite devenu entraîneur. Rester dans le rugby était indispensable pour vous ? J-L S : J'ai effectivement pris ma retraite de joueur en 2004. J'ai grandi dans le rugby, c'est ma passion, et ça le sera toujours; donc pour moi, devenir entraîneur était une suite logique. Je voulais rester dans un état d'esprit de solidarité, de convivialité et garder les valeurs qui font que j'aime tant ce sport. Q.M : Vous avez entraîné Colomiers pendant quatre saisons avant de faire un passage éclair à Blagnac. Enfin, vous êtes devenu l'entraîneur de Saint-Gaudens. Que retenez-vous de ces différentes expériences ? J-L S : Après avoir pris ma retraite de joueur, j'ai eu l'opportunité d'entraîner Colomiers, mon club de toujours. Je n'ai pas hésité. J'ai passé de très bonnes années en Top 16 (devenu Top 14 en 2005) mais également en Pro D2 et en Fédérale 1. Malheureusement, les aléas du poste font que, quand les résultats ne sont pas là, c'est l'entraîneur qui trinque. Je n'étais plus d'accord avec les idées de la direction. Un peu poussé vers la sortie, j'ai fini par démissionner. L'aventure à Blagnac a été très courte et pas forcément très enrichissante pour moi, contrairement à celle à Saint-Gaudens, qui venait de monter d'Honneur en Fédérale 3, et où j'ai passé de très bonnes années en compagnie de Jean-Marc Goranti. J'ai essayé d'apporter mon expérience de joueur, mais je n'ai pas pu rester plus longtemps à cause de mes activités professionnelles parallèles. Malgré tout, je suis toujours ce club de près et j'essaie parfois de leur donner quelques conseils. J'espère que Saint-Gaudens pourra se pérenniser en Fédérale 2, voire en Fédérale 1. Q.M : Que pensez-vous de l'évolution du rugby professionnel ? Toujours les mêmes clubs en haut de l'affiche, des clubs historiques, dont le vôtre (Colomiers), en pro D2. J-L S : L'évolution du rugby professionnel a fait que les clubs les plus riches se sont retrouvés, pour la plupart, en haut de l'affiche. Mais il n'y a pas que l'argent. Certains ont su prendre correctement les tournants de ce nouveau rugby, contrairement à Colomiers par exemple. Il faut aussi dire que le fait qu'il y ait eu plusieurs clubs dans la même région a été difficile à gérer, notamment pour Colomiers qui peut tout de même être un très bon club de Pro D2, voire pourquoi pas l'antichambre du Stade Toulousain. Q.M : Faut-il limiter le nombre d'étrangers dans chaque club pro en France et continuer à sortir des jeunes des centres de formation ? J-L S : Oui, il faut limiter le nombre d'étrangers. En effet, sur certains postes stratégiques il n'y a plus que des étrangers et c'est l'équipe de France qui en pâtit. Il y a également de moins en moins de jeunes qui réussissent à sortir des centres de formation, mais le grand nombre d'étrangers n'est pas la seule raison à cela : à cause des enjeux très importants, les clubs ne laissent pas leurs jeunes joueurs apprendre le haut niveau. La victoire étant primordiale, ils ne sont que rarement lancés dans le grand bain. Q.M : Que pensez-vous de l'Equipe de France actuelle ? Que lui manque-t-il pour devenir une grande équipe ? Un leader ? A-t-elle ses chances en 2011 ? J-L S : Il lui manque simplement des matches, des automatismes. Il faut créer un état d'esprit pour bâtir une grande équipe pour 2011, qui est la priorité de l'équipe de France. A son arrivée, Marc Lièvremont a essayé de mettre en place une équipe composée de beaucoup de jeunes joueurs. Depuis, il cherche l'équilibre entre les "vieux" et les jeunes. Il faut désormais construire une équipe autour de cadres et essayer de dégager une équipe type ou, du moins, une épine dorsale. Après, je ne vois pas pourquoi les Bleus n'auraient pas leur chance en Nouvelle-Zélande. Q.M : D'après vous, quels sont les futurs grands joueurs de l'équipe de France ? J-L S : Il y a beaucoup de très bons joueurs français. Je pense que Thierry Dusautoir, qui a franchi un cap en Bleu à la Coupe du Monde 2007, peut devenir le véritable leader de l'équipe. Ensuite, Maxime Mermoz et Maxime Médard sont des joueurs de grande classe qui arrivent à maturité et qui doivent devenir des joueurs de niveau mondial. Trinh-Duc a beaucoup de talent mais a encore une marge de progression importante. Q.M : Justement, ne trouvez-vous pas que nous manquons de bons arrières en France ? J-L S : Non, je ne pense pas. Médard a tout pour devenir un grand arrière de l'équipe de France. Il a à la fois de grosses qualités défensives et offensives, un bon jeu au pied, même si perfectible, et une certaine intelligence dans la relance. Bref, tout d'un bon 15. Poitrenaud est d'après moi loin d'être fini. Il va revenir progressivement avec le Stade Toulousain et prouvera qu'il a encore le niveau pour jouer en Equipe de France. Et puis, n'oublions pas Cédric Heymans qui, même si c'est plutôt un ailier, a déjà montré qu'il pouvait très bien dépanner à l'arrière. Ces trois là devraient être dans le groupe pour 2011. Q.M : Parlons maintenant de votre nouvelle vie. Vous avez l'air d'avoir très bien réussi votre reconversion, pouvez-vous nous en parler ? J-L S : Oui, après ma carrière de rugbyman, je me suis rapidement reconverti dans le monde actif. J'ai plusieurs projets en cours qui sont en train de se mettre en place. Par exemple, je m'occupe de la commercialisation de la marque BK9 (Byron Kelleher) ainsi que du lancement de mes propres marques, à savoir Victorius (sportwear) et S798 (Equipement Sport) . Je suis également ambassadeur d'Eastrugby. Avec Dugarry et Jean-Louis Delon (?????), nous essayons de développer nos valeurs, notamment dans le rugby amateur, qui sont celles du rugby, c'est-à-dire la convivialité, la solidarité, l'entraîde. Ma contribution consiste à parrainer ce site, à donner quelques interviews et à passer des messages sur le site. Q.M : Envisagez-vous de redevenir entraîneur de rugby, que ce soit en France ou à l'étranger ? Et l'équipe de France, vous y pensez ? J-L S : Ce qui est sûr, c'est que je ne peux pas dire que je n'y pense pas. J'adore entraîner et j'ai le rugby dans la peau. Aujourd'hui, je suis concentré sur mes projets, Eastrugby et ma famille, d'ailleurs ma fille a eu 18 ans il y a quelques jours (le 7 octobre), mais je me remettrai peut-être sur le marché des entraîneurs. Et puis, devenir sélectionneur de l'équipe de France, ce serait grandiose, un accomplissement ! Interview réalisée en exclusivité par Quentin Moynet sur le blog L'actualité sportive by Supra http://www.lepost.fr
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