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Techniques et savoir-faire

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William Servat, entraîneur des avants du XV de France, livre les secrets de la mêlée française

L'ex-talonneur international, aujourd'hui entraîneur adjoint en charge des avants français, a accepté d'évoquer en détail sa méthode d'entraînement en mêlée fermée.

Renaud Bourel04 mars 2020 à 00h00
 
 

Souvent, William Servat allie le geste à la parole. Sa conception de l'entraînement, c'est ressentir pour comprendre, répéter pour apprendre et mémoriser pour restituer. Pour que cela devienne instinctif. « La mêlée n'est pas du tout l'action de quelques brutes avérées et agglomérées, s'enthousiasme l'entraîneur de l'édifice tricolore. C'est un ballet ! Rempli de finesses entre des corps pourtant très lourds et musclés. » Il vous demande alors de vous lever, vous place sur sa droite et, en un tour de bras, vous emprisonne d'une étreinte brutale, prêt à entrer en mêlée. La finesse vous échappe jusqu'à ce qu'il vous transforme en pantin désarticulé en verrouillant un grip ou en relevant une épaule. « Ce n'est pas si compliqué, mais c'est extrêmement technique. » Qu'il s'amuse avec vous, prenne des Espoirs en main ou le pack bleu, sa méthode reste la même. C'est parfois brutal, mais à dessein, comme quand sa main gauche vient repousser vers l'extérieur le cou d'un jeune droitier venu se lier. Il place le joueur en situation de stress et d'effort, le corrige fermement, les corps sont en tension, le souffle court, lui-même porte un protège-dents alors qu'il n'y aura pas de collision : « Je leur fais prendre les liaisons avec moi afin de leur faire ressentir ce que je leur explique. »

 

La liaison gagnante de Cardiff

Le coach n'impose rien, il essaie de convaincre. Aux joueurs de voir si cela leur apporte une plus-value. « J'ai le sentiment, pour le moment, que tout le monde est favorable aux principes établis. L'objectif est de transformer la somme des individualités en un travail de cohésion. Seul, on n'est rien, surtout dans cet exercice .» La preuve par cette mêlée de la 69e minute contre Galles, à la suite de ce carton jaune à Mohamed Haouas. À quatorze et à cinq mètres de leur ligne, les Bleus sortent le troisième-ligne François Cros pour faire entrer Demba Bamba en pilier droit. Le Lyonnais est en difficulté depuis le début du Tournoi, mais Servat a confiance en sa tenue en mêlée et ses qualités d'explosivité... Introduction Galles. Bamba traverse de part en part la maison rouge pour ce qui restera comme l'un des tournants du match, gagné 27-23.

 

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William Servat débriefe avec Charles Ollivon, le troisième-ligne capitaine des Bleus. (P. Lahalle/L'Équipe)

D'abord, une histoire de transmission

« Didier Sanchez (64 ans, ancien talonneur devenu coach) est la personne qui m'a appris quelque chose sur la mêlée. Il m'a appris comment me positionner. Puis les choses se sont faites naturellement. Avec mon vécu, ma sensibilité, je me suis construit mon interprétation. » Qu'il transmet à son tour. Ugo Mola, en arrivant à Toulouse, l'a d'ailleurs invité à tout poser noir sur blanc. « En rédigeant, j'ai poussé plus loin le détail sur chaque situation. » Reste l'impalpable. Les liens qui se tissent entre la première ligne ou les cinq autres solides qui forment le monstre. Ils sont, selon lui, aussi importants que ces liaisons qu'il leur fait prendre et reprendre encore jusqu'à ce que des ampoules se forment au bout des doigts. Au fil de la conversation, « la Bûche » se souvient de ses années en bleu (49 capes entre 2004 et 2012) : « Sur les jours off, on allait manger ensemble. Cela n'a rien d'extraordinaire. Mais on partageait. Et les lendemains de match, on mangeait encore avec nos femmes. On était toujours ensemble. On créait de la relation. »

William Servat : «C'est de la mécanique pure, des forces combinées et additionnées»

L'objectif
« L'objectif est que les joueurs finissent par faire les choses naturellement, instinctivement. En mêlée, vous poussez tellement fort, la pression sur les cervicales est si grande que les gars se retrouvent souvent en manque d'oxygène. La tête se met à tourner. À ce moment-là, on devient un robot. On pousse. Or il faut acquérir le réflexe naturel de corriger ses positions, même dans cet état. »

 

Les liaisons : trois paires de hanches indissociables

« Il faut trouver un système de liaisons qui permet de ne pas réfléchir. C'est de la mécanique pure, des forces combinées et additionnées les unes aux autres. Le talonneur fait prendre le grip de liaison à son gaucher. Il appelle ensuite son droitier qui colle son bassin au sien, place son genou gauche derrière le genou droit de son talonneur. Ce dernier prend son pilier sous son bras droit, plaque sa tête sur son sternum, attrape son maillot fermement derrière son aisselle puis, de sa main opposée, ressort la tête de son pilier vers l'extérieur, le positionnant bien droit, légèrement devant lui, sans que le droitier ne dissocie jamais son bassin de celui du talonneur. L'épaule du pilier apparaît devant celle du talonneur, formant une épaisse butée entre les deux. Le gaucher arrive à son tour, la liaison de sa main verrouillée entre ses partenaires. Le talonneur recule son appui gauche et se retrouve comme en position de fente, équilibré. Le gaucher se serre, aligne son bassin, permet à son talon de prendre son grip de liaison sous son aisselle gauche et cale son épaule droite dans l'aisselle gauche de son talon. La première ligne est en place, fléchie, en équilibre, légère, comme si un axe traversait les trois paires de hanches pour les rendre indissociables. Les fesses sont immobiles. Vous avez créé un seul bloc grâce à la jointure des épaules, du talonneur à ses piliers, sans avoir même à travailler. Vous ne cherchez plus à faire des mouvements d'épaule ou autre de manière consciente, mais votre corps est en situation mécanique de mettre votre adversaire en difficulté. »

Le grip : la peau des doigts arrachée

« Rien qu'à la position des deux équipes après les liaisons, on peut quasiment deviner qui va gagner la confrontation : en fonction de la hauteur, si les mecs ont les jambes tendues, le cul haut et les épaules basses. À l'intérieur de ces postures, le grip de main pour accrocher un maillot est capital : la première ligne devient un bloc si le talonneur verrouille le maillot en tournant le poignet et en se bloquant les doigts. Parfois, les joueurs ont la peau des doigts arrachée tellement ils serrent fort. Quand ils commencent à pousser et pensent un peu moins à leur liaison, si leur prise est scellée dans le maillot, la liaison reste consolidée. L'objectif est qu'il n'y ait pas de déperdition d'énergie, de constituer un seul axe pour que toutes les orientations soient les mêmes et que toutes les forces servent à avancer. C'est de la mécanique de précision. Les joueurs s'ajustent en fonction de leur taille, de la longueur de leurs bras, de l'épaisseur de leur torse. Tout doit se faire de manière souple. La moindre force exercée pour résister à la pression d'un partenaire n'ira pas vers les adversaires. »

 

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Servat à l'entraînement avec les Bleus, ici Boris Palu. (A. Mounic/L'Équipe)

Les postures : dos droit, épaules déployées, pecs sortis

« Lever 200 kg avec la tête, c'est impossible. En revanche, rentrer bien droit, ne pas se déformer et garder la position, ça, c'est possible. Ce n'est que du gainage. Quand un mec rentre, il doit garder le dos droit et les épaules déployées, les pecs sortis pour que tous les muscles travaillent. Dos rond et tête basse, vous ne pouvez pas pousser, vous ne transférez aucune force, et vous pouvez vous faire soulever par l'adversaire. Le même joueur avec la même musculature, il est mou ou dur. C'est de la biomécanique. Je ne veux pas non plus de mecs qui poussent en travers. Un pilier droit qui va croiser glissera et ne gagnera pas. Je veux qu'il prenne la place (qu'il s'impose entre le talonneur et le gaucher). Je veux aussi que mes piliers aient les appuis au sol et le bassin très bas parce que c'est comme cela qu'ils deviennent très forts. On en revient au système de liaison : pratiquer le même avec tout le monde permet à l'édifice d'être puissant en bas. Les gars n'ont plus à chercher leur position, que la liaison leur a automatiquement fait adopter. »

L'entrée : un départ de sprint

« Quand les premières lignes fléchissent, les fesses et le bassin ne doivent pas bouger, ils vont vers l'avant et tiennent la position. Du coup, il faut avoir une collaboration avec les flankers pour contrôler ce très léger déséquilibre puis pousser très fort avec eux, presque les catapulter en même temps que la deuxième ligne. L'entrée en mêlée, c'est un départ de sprint. La première ligne se baisse, jaillit, et boum ! Le talonneur tire ses piliers, les jambes sont pliées, le corps à mi-hauteur. La force au sol sur les appuis s'obtient avec toute la plante du pied. Seul le talon est décollé pour ne pas déraper. Si vous êtes les jambes tendues et sur la pointe des pieds : c'est mort, vous glissez ! À l'impact, il ne faut pas se déformer, garder le buste droit : ainsi, si votre adversaire essaye de vous enfoncer la tête sous le sternum, il n'y arrivera pas parce que vous avez constitué un bloc d'os. »

La poussée : anticipation et timing

« Le système de liaisons est une chose, l'alignement regard-épaule-bassin pour aller chercher loin et être bien positionné, la capacité à pousser, à résister et à avancer en est une autre. C'est une question d'anticipation et de timing. Quand vous êtes dans l'effort, que votre corps est en contrainte, qu'il faut se grandir en permanence pour trouver sa position, vous n'avez ni le temps ni la lucidité de penser à tout. Mais grâce à tout le travail effectué en amont, à votre qualité humaine de force, bien entendu, vous optimisez votre rendement. Par exemple pour serrer les bassins entre les première-ligne, ce qui est capital, mais n'est pas naturel pour les mecs, on utilise des élastiques. Je me suis inspiré du travail de Karim (Ghezal) avec des élastiques. À l'entraînement, si vous les tirez un tout petit peu avant l'entrée en mêlée, ils se rendent compte qu'ils se mettent en danger. Ils resserrent automatiquement leurs bassins les uns aux autres. Une fois que vous l'avez fait avec les élastiques, cela devient intuitif quand vous les retirez. Après il faut être gainé du 1 au 8 pour être capable de supporter cette charge. C'est le meilleur transfert de force. »

 
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Vonia

J'ai trouvé intéressant de vous partager cet article et propose de publier ici tout sujet relatif à l'entraînement, aux savoir-faires et aux skills. 😊

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