Jump to content

ITW serge Simon


Guest Xv-31

Recommended Posts

Provale, un truc bien

« Sud Ouest ». Pourquoi partez-vous ?

Serge Simon. Pourquoi je resterais ? Je n'ai jamais perdu de vue que quand Jean-Marc Lhermet vient me chercher en 2000 (1), j'étais à 10 000 lieues de tout cela. (Il sourit.) Evidemment, une fois que j'y ai été, la connerie m'a pris. C'est un truc qui m'a suivi tout au long de ma vie et m'a parfois joué des tours : je me suis dit, "tu ne vas pas t'échapper !" Et puis, j'ai très vite trouvé tentant de donner une parole, une portée, tout simplement une place aux joueurs, qui n'en avaient aucune.

N'y avait-il pas également le côté rédemption du « pilier mauvais garçon » ?

C'est venu après : le sentiment d'avoir à nettoyer ma sortie, de rembourser un peu les cadeaux au rugby. Il est évident que, dans cette fonction, j'ai pu me débarrasser de l'image du joueur « serial killer », du mec qui mangeait les yeux des crapauds (sic). Avec, face à moi, des gens qui ne me calculaient pas auparavant, tout cela a compté, oui.

Pourquoi partir au bout de six ans alors ?

Après quatre ans, le bateau ne flottait pas, mais là, il flotte et plutôt bien. On avait 60 adhérents, on en a 600 : m'en aller en sachant que le truc continue sur une bonne dynamique, c'est important. En plus, on a un candidat unique à la candidature (2) avec Sylvain Deroeux, un mec fabuleux, apprécié de tous. C'est parfait.

Et puis, si mes qualités de ragondin de la mêlée étaient nécessaires pour arracher Provale du limon, maintenant que les relations institutionnelles existent, un autre doit venir. Politiquement, on est allé au plus haut possible. Ma personnalité a été bien pour ça, elle peut être un frein désormais. Je sais parfaitement que certains gardaient leurs distances parce que j'étais là. Maintenant que je pars, beaucoup vont voir combien Provale est un truc bien.

Quelle est votre plus grande réussite ?

Ce n'est pas très sexy mais, ma grande fierté, c'est la convention collective. Elle contient tout. Non seulement elle édicte les règles de la profession, mais elle induit un positionnement institutionnel extrêmement puissant. Notamment par le biais de la commission paritaire, qui régit chaque changement : là, clubs et joueurs sont face à face, à égalité de voix. Politiquement, c'est énorme ! C'est d'ailleurs un joli paradoxe de constater que ce côté très démocratique arrive au bout du processus de libéralisation.

Que laissez-vous en chantier ?

En janvier sortira une étude sur les anciens, tous ces mecs qui sortent du rugby pro. Que deviennent-ils ? On va aussi lancer l'observatoire médical du rugby pro, une sorte de DNACG (3) médicale, instance indépendante composée d'experts. Mais le plus gros, c'est la limitation des matchs. Si on a accepté cette année deux périodes avec trois matchs en sept jours, c'est en contre-partie de voir le nombre de matchs limités pour chaque joueur : 32 pour les internationaux, 35 pour un joueur de championnat. Pour les deux saisons à venir, c'est un « gentlemen agreement » qui doit déboucher sur un dispositif en 2008-2009. Et ça, c'est une vraie bataille pour Sylvain.

Votre plus gros échec ?

Sûrement le dopage, un sujet tabou, compliqué, sur lequel j'ai des idées qui sont loin du manichéisme. Et je ne voulais pas que Provale pâtisse de mes positions.

Votre plus grand moment ?

(sans hésiter) L'opération Coup d'envoi du désert, en 2003, quand, avec les joueurs, on menace jusqu'à un quart d'heure des matchs d'entrer en retard sur toutes les pelouses, lors de la dernière journée, à l'heure du multiplex... On défendait la trêve, un calendrier cohérent. Le lendemain, je retrouvais Serge Blanco à Labouheyre et tout était réglé. Les fameux accords de Labouheyre !

Serge Blanco, Bernard Lapasset, Marcel Martin vont-ils rester des amis ou des ennemis ?

Amis, non. Ennemis, non plus. Mais, derrière les jeux de rôle et la commedia del arte, je crois qu'il y a du respect désormais. Voire même, parfois, une petite estime.

N'avez-vous jamais craint le procès fait à l'ancien rebelle, proche du clan des « gros pardessus » ?

Le pouvoir salit et corrompt. Je m'en vais avant de ressentir l'usure du pouvoir. Quand les choses que tu trouvais inacceptables, tu commences à les trouver moins inacceptables, ce sont des combats que tu ne mènes plus. Tu perds ta ferveur idéaliste, ta rigueur morale se ramollit. Et comme je n'ai pas assez de grandeur d'âme ou d'altruisme pour lutter contre ça, je file.

Que va devenir Serge Simon ?

Je reste au comité directeur de Provale et Lapasset m'a demandé de siéger à celui de la FFR, en tant que personnalité extérieure. Après, je vais travailler pour le Conseil régional en vue de la Coupe du monde, peut-être monter un projet privé parallèle. Et puis j'ai été approché par le staff de Ségolène Royal. Pas pour être en photo avec le comité de soutien, non, ça, j'ai donné. Mais réfléchir à la place du sport dans un programme politique, ça me botte. La droite n'a pas d'états d'âme à se servir de ça, alors pourquoi les sportifs de gauche n'ouvriraient pas aussi leur gueule ?

Quoi de commun entre le Rapetou de 1991 et le Simon d'aujourd'hui ?

Je pense que, dans l'aventure de Provale, j'ai avant tout voulu retrouver les rapports avec les mecs. C'est ce qui te manque quand tu arrêtes de jouer. Il existe un geste technique en rugby qui n'existe dans aucun autre sport : la liaison. C'est le seul sport où tu dois être lié avec l'autre pour ne pas être emporté. Du coup, ça te donne une vraie nécessité de l'autre. C'est un peu le handicap du rugbyman, parce que, quand tu es formaté ainsi, c'est pour la vie. Je crois que Provale a été pour moi le prolongement de tout cela. Je n'y avais jamais réfléchi, mais c'est quand même ça : être ensemble, parce que seul on ne s'en sortira pas.

(1) L'actuel manager de Clermont était alors président du SNJR (Syndicat national des joueurs de rugby).

(2) Mathieu Blin (Stade Français) et Laurent Travini (Stade Montois) ont également été un moment évoqué.

(3) Direction nationale d'aide et de contrôle de gestion.

Jean-Pierre Dorian

http://www.sudouest.com

:original:

sudouest.gif

Link to comment

Create an account or sign in to comment

You need to be a member in order to leave a comment

Create an account

Sign up for a new account in our community. It's easy!

Register a new account

Sign in

Already have an account? Sign in here.

Sign In Now
×
×
  • Create New...