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sauce

LE rugby : sport trop dangereux ?

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GuyNess

Il y a aussi un fait qui avait été souligné par d'anciens joueurs c'est de revoir au plus vite cette catégorie espoir qui n'en a que le nom.

En effet si il y a beaucoup de gamins de 18 ans souvent novices,  il y a aussi de plus en plus de pros qui reviennent de blessure ou pour garder la forme du fait d'effectifs de plus en plus nombreux

Ce sont alors 2 catégories opposées de puissance et de technique qui s'affrontent 

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tire-bouchon

Dans l' ancien temps, il existait une équipe seconde (nationale B) ou se retrouvaient, les joueurs en reprise, ceux qui frappaient à la porte de la 1ère, les jeunes à forpo.

Le championnat de Nationale B était couplé avec celui des Juniors (déplacement commun) ce qui permettait à certains juniors de s' assoirent sur le banc de cette Nationale B le we.

Edited by tire-bouchon

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Bertrand d'Aubais
Il y a 17 heures, Saint Thomas ST a dit :

🙏🏼🙏🏼🙏🏼

 

:worthy::worthy::worthy::worthy::worthy::worthy::worthy:

 

Mais j'ai eu en MP un échange intéressant avec Raphaëlle sur l'humour, ses limites, Desproges

Quelqu'un qui apprécie Desproges ne peut pas être foncièrement mauvais (même s'il est supporter du ST 😉

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Raphaelle

Comment le rugby en est arrivé là

PHILIPPE KALLENBRUNN JDD

 

DRAME Professionnel depuis deux décennies, ce sport déplore les décès en série de jeunes joueurs

 

Jeudi matin, elle écoutait la radio sur le chemin du travail. C’est ainsi que Pélagie, la maman de Louis Fajfrowski, décédé le 10 août à l’âge de 21 ans, a appris la mort de Nicolas Chauvin. Le joueur des Espoirs du Stade français avait 18 ans. Choquée, elle nous a spontanément envoyé ce SMS : « Cette situation me fend doublement le cœur et vient raviver le cratère qui est en moi. Quand est-ce que cela va s’arrêter ? Combien de morts vont-ils attendre pour changer les règles ? » Le 20 mai déjà, Adrien Descrulhes, 17 ans, arrière de Billom (Puy-de-Dôme), était retrouvé mort dans son lit, après avoir subi un traumatisme crânien la veille. En septembre 2017, Eric Montety, 20 ans, demi de mêlée de Saint-Affrique (Aveyron), mourrait des suites d’une rupture d’anévrisme survenue en plaquant un adversaire.

 

Ces garçons ne sont pas les premiers à perdre la vie au rugby. Mais la répétition de ces drames jette un froid sans précédent. « Il faut maintenant que la Fédération française de rugby [FFR] se pose les questions, nous explique l’avancée de ses démarches, et s’engage fortement », déclarait Roxana Maracineanu avant-hier. Sauf changement d’agenda, la ministre des Sports rencontrera Bernard Laporte, le président de la FFR, et Paul Goze, celui de la Ligue (LNR), vendredi. La veille, à sa demande, Laporte s’entretiendra avec une délégation de World Rugby, la fédération internationale. Cette semaine, le numéro un de la fédération a révélé que le nombre des jeunes licenciés avait chuté de 10 % la saison dernière. Rien d’étonnant : les parents ont peur pour leurs enfants.

 

Le rugby français paie les pots cassés de vingt ans de professionnalisme au cours desquels les mutations du jeu ont transformé la morphologie des pratiquants, plus grands et plus lourds. Le 22 novembre 1997, le test-match contre l’Afrique du Sud l’a fait entrer dans une nouvelle ère. Ce jour-là, pour sa dernière sortie au Parc des Princes, le XV de France, qui a pourtant accompli le grand chelem dans le Tournoi des Cinq Nations, est dépassé par la puissance physique et le rythme des Springboks (10-52). « Nous étions en retard d’une guerre dans le déplacement des joueurs, se souvient Pierre Villepreux, alors entraîneur au côté de Jean-Claude Skrela. C’est là que j’ai commencé à parler d’intelligence situationnelle. Deux ou trois ans plus tard, on a commencé à faire de la musculation à outrance en oubliant que ce sont les neurones qui doivent travailler en premier. »

 

Devenu sélectionneur des Bleus après la Coupe du monde 1999, Bernard Laporte s’inspire des victorieuses méthodes de l’hémisphère Sud. La préparation physique et la recherche scientifique suppléent peu à peu la vision du jeu, le flair et la technique, fondateurs de l’identité du rugby tricolore. Des médecins militaires sont employés par la FFR. Les compléments alimentaires envahissent les vestiaires. La performance athlétique et le poids sur la balance deviennent des critères majeurs. « On s’est mis à chercher des morphotypes, des joueurs dotés de superpouvoirs, raconte Serge Collinet, agrégé d’EPS et éducateur francilien réputé. Ce modèle venu d’en haut a été copié par les écoles de rugby, qui ont acheté des casques, des boucliers, et fait pratiquer un jeu à une passe dans lequel on envoie le joueur le plus fort percuter l’adversaire. »

Un jeu direct, frontal, bâti sur l’idée qu’il faut, par la circulation des joueurs, créer des brèches dans la défense adverse en opposant un gabarit puissant à un plus faible, et grâce auquel le rugby français a connu des succès (grands chelems 2002 et 2004 notamment). « La recherche immédiate de résultats a alimenté ce système, poursuit Villepreux. En accordant la priorité à des joueurs costauds, on s’est exclu de la spécificité de ce jeu qui combine affrontement et évitement. » Le propos, en effet, n’est surtout pas d’éluder le combat, sans lequel le rugby se trouverait dénaturé. Auteur de Rugby Combat System (éditions Amphora, décembre 2018), un livre qui dévoile des techniques innovantes, l’ancien militaire Lilian Alméras dresse un constat très juste : « En France, le rugby est le seul sport de combat qui ne possède pas de répertoire technique destiné à la phase d’affrontement. Au corps-à-corps, l’impact n’est pas maîtrisé et les joueurs improvisent avec des mouvements souvent dangereux. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il y ait des accidents. En défense, le joueur peut recourir au plaquage. En attaque, en revanche, il n’est pas formé au combat. »

 

Pour tenter de limiter la casse, le rugby adapte périodiquement ses règles, comme il l’a fait pour endiguer les accidents cervicaux en mêlée. Le débat du moment concerne le plaquage, la phase de jeu qui génère désormais le plus grand nombre de blessures. World Rugby a testé lors du Mondial des moins de 20 ans et en deuxième division anglaise le plaquage sous la ligne des tétons, et non plus sous celle des épaules. « Le plaquage haut poursuit deux objectifs: tuer le ballon pour tuer le mouvement et faire mal au porteur pour l’atteindre psychologiquement, affirme Collinet. Il faut interdire le plaquage au-dessus de la ceinture. En dessous, il n’y a pas d’organes vitaux. Et il faut bannir le plaquage à deux. » Qui a été une réponse au changement de la règle plaqueur-plaqué. C’est à la suite de l’un d’eux que Nicolas Chauvin est décédé cette semaine.

En France, chez les jeunes, la fusion récente des catégories Reichel (18-20 ans) et Espoirs (20-22 ans) est « catastrophique », déplore encore l’enseignant. « Des gamins à peine sortis de l’adolescence affrontent des joueurs plus âgés, dont certains sont déjà pros. C’est de l’inconscience. Quand j’en ai fait part à des cadres fédéraux, on m’a rétorqué que ça ferait faire des économies. Et que, si un joueur de 18 ans n’est pas capable d’évoluer en Espoirs, il ne fera pas carrière. C’est du darwinisme. On doit vite passer de la culture du résultat à celle de la formation. Et repenser la façon dont on gère le rapport de force entre les joueurs surdimensionnés ou sous-dimensionnés, en étudiant la possibilité de les surclasser ou de les sous-classer en fonction des catégories. » Le débat dépasse évidemment les frontières de l’Hexagone mais c’est ici que ces derniers temps, le rugby tue.

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Gabi
il y a 26 minutes, Saint Thomas ST a dit :

 

Sur sa conclusion "puisse t'elle être toujours aussi inspirée", qu'il se rassure : c'est comme ça chaque WE. :blush:

 

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Neophyte
Just now, Gabi said:

 

Sur sa conclusion "puisse t'elle être toujours aussi inspirée", qu'il se rassure : c'est comme ça chaque WE. :blush:

 

 

Hmmm, non rien. 😁 

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Julien81
il y a 11 minutes, Gabi a dit :

 

Sur sa conclusion "puisse t'elle être toujours aussi inspirée", qu'il se rassure : c'est comme ça chaque WE. :blush:

 

Par contre on sent que le journaliste ne suit que peu le rugby car samedi prochain on ne joue pas au Leinster 

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Gabi

Si Laporte et la FFR veulent vraiment éradiquer les accidents sur les terrains de rugby en France,  ils devraient obliger les équipes à jouer comme le ST.

Ceci dit, entre vouloir et pouvoir, il y a souvent un fossé infranchissable pour la plupart des équipes.

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tire-bouchon

Voir Castres ce we.

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Saint Thomas ST

Le Midol résume bien les principales pistes. L'abaissement de la zone de plaquage semble acquise. Celle des limites de poids viendra en son temps.

 

Jeudi soir, Brett Gosper était de sortie, sur le plateau du Late rugby club de Canal +. Le P.-D.G. de World Rugby en personne, en mission de communication, pour tenter d’éteindre l’incendie français né d’un troisième décès en sept mois, les trois directement imputables à la pratique du rugby. Gosper s’est livré à un exercice délicat, sur un fil, où il convenait de ne pas minimiser les faits dramatiques, d’un côté. « C’est un moment très dur pour le rugby en France et pour le rugby mondial. Nous sommes sous le choc car ce ne sont pas des événements qui arrivent souvent dans notre sport. Il y en a peu. Mais je ne veux pas trop relativiser les choses car c’est un événement très triste. » Dans l’autre sens, Gosper a tant bien que mal assuré le service après-vente du travail mené par l’institution suprême. « L’intégrité des joueurs, c’est la priorité numéro un pour World Rugby. […] Je pense qu’on fait beaucoup de choses pour rendre notre sport plus sûr : autour des commotions cérébrales avec le protocole mis en place, qui a eu beaucoup de retours positifs. On fait beaucoup d’études, on passe en revue 6 000 plaquages, on fait de l’analyse vidéo… » Des études, donc, pour l’essentiel. Qui ne débouchent pas encore sur des mesures.

En voici pourtant certaines, urgentes, qui permettraient de protéger les plus jeunes mais, surtout, de changer leurs habitudes de jeu. C’est bien l’enjeu majeur qui lutte, en toile de fond : faire évoluer en profondeur les mœurs des plus jeunes, leur approche d’un rugby devenu trop physique, jusqu’à les mettre en danger. Ce retour philosophique à un rugby d’évitement prendra du temps pour devenir évident à tous. Autant commencer tout de suite.

1. Abaisser la ligne réglementaire de plaquage

C’est le point le plus avancé : depuis un an, World Rugby expérimente l’abaissement réglementaire des plaquages pour aboutir à « ajuster la hauteur d’un plaquage dangereux de la ligne des épaules à la hauteur de la poitrine, dite « la ligne des tétons » ». En abaissant la zone d’impact, on en diminue la puissance puisque le défenseur se retrouve, alors, moins ancré sur ses appuis. La réglementation permettrait également de protéger les points vitaux des joueurs impactés, à commencer par le cœur, les cervicales et la tête. Adrien Descrulhes, Louis Fajfrowski et Nicolas Chauvin ont tous succombé à des impacts au niveau du thorax ou, pire, de la tête. Supprimer ces impacts serait un gain sécuritaire immense. C’est une urgence.

2. Instaurer des catégories de poids chez les jeunes

Déjà en place dans certaines compétitions de jeunes en Nouvelle-Zélande, la pratique présente deux intérêts majeurs : chez les sujets les plus jeunes, rendus vulnérables par la période de croissance ostéo-ligamentaire, elle nivelle les écarts physiques que créent les différents stades de la puberté. Pour faire clair : chez les jeunes, on aligne aujourd’hui, en France, des joueurs en avance sur leur puberté face à des joueurs en retard. Avec des écarts physiques parfois immenses et, sur le même terrain, des enfants opposés à des hommes. En catégorisant par poids (comme le font tous les sports de combat) plutôt que par âge, cet écart et les risques engendrés disparaissent. Deuxième intérêt, qui touche à la formation : gommer les écarts physiques, c’est forcer les jeunes joueurs à trouver et développer d’autres armes pour prendre le dessus sur leur adversaire. La quête de la bonne passe, au bon endroit et au bon moment, le sens des intervalles, la culture tactique s’en trouvent renforcés. Ce qui rejaillira chez les adultes, avec des joueurs beaucoup plus aboutis techniquement et programmés pour un rugby de mouvement. Enfin.

3. Accepter Un arbitrage plus sévère

Derrière les discours, il y a les comportements. Quand la question de la sécurité des joueurs est posée, tout le monde s’accorde sur l’urgence, la nécessité de réformer et de protéger les hommes. Quand on en vient aux actes, les discours sont souvent plus discordants. Faire évoluer les mentalités, c’est accepter qu’un joueur soit sanctionné d’un carton rouge pour un plaquage à la tête ou une intervention aérienne mal maîtrisée, même involontaire. Même lorsqu’il s’agit de son propre joueur.

4. réformer la Formation en faveur du jeu de passes

Sur ce point, la FFR a déjà avancé. Dans son programme #bienjoué lancé mi-septembre à destination des écoles de rugby, les deux premières mesures ont été les plus novatrices et, logiquement, les plus commentées : « Lancement du grand test de la règle du passage en force sur les moins de 14 ans au niveau national et sur les moins de 8, 10 et 12 ans dans les ligues Occitanie et Pays de la Loire » ; « Extension de la règle du toucher 2 secondes mise en expérimentation la saison dernière et qui viendra en complément d’autres formes de pratiques (jeu en contacts aménagés, rugby éducatif avec plaquage et rugby à 5, à X et à XV) pour un rugby éducatif évolutif. » Objectif : remettre la passe au centre des pratiques chez les plus jeunes.

5. Catégoriser les postes par poids

Dans ces colonnes, le professeur Chazal proposait ceci, en août dernier : « Pourquoi ne pas réglementer les postes selon les physiques ? Pourquoi Nemani Nadolo ne pourrait-il pas être contraint de joueur troisième ligne ? C’est une piste de réflexion. » Sans nul doute, ce serait la réforme de fond la plus révolutionnaire. Et après tout, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas imposer des plafonds de poids pour chaque poste, pour équilibrer les confrontations directes et protéger les joueurs les moins lourds ? Et si, demain, un trois-quarts ne pouvait plus dépasser 100 kg, un demi 90 kg, un troisième ligne 120 kg, etc. ? Tous les sports de combat y passent. En boxe, on tiendrait pour fou celui qui alignerait sur un ring un poids lourd face à un poids léger. « C’est pourtant ce que fait le rugby », concluait Chazal. Jusqu’à quand ?

 

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tropézien
il y a 3 minutes, Saint Thomas ST a dit :

1. Abaisser la ligne réglementaire de plaquage

C’est le point le plus avancé : depuis un an, World Rugby expérimente l’abaissement réglementaire des plaquages pour aboutir à « ajuster la hauteur d’un plaquage dangereux de la ligne des épaules à la hauteur de la poitrine, dite « la ligne des tétons » ». En abaissant la zone d’impact, on en diminue la puissance puisque le défenseur se retrouve, alors, moins ancré sur ses appuis. La réglementation permettrait également de protéger les points vitaux des joueurs impactés, à commencer par le cœur, les cervicales et la tête. Adrien Descrulhes, Louis Fajfrowski et Nicolas Chauvin ont tous succombé à des impacts au niveau du thorax ou, pire, de la tête. Supprimer ces impacts serait un gain sécuritaire immense. C’est une urgence.

 

Ça voudrait dire qu'on ne pourrait pas plaquer la belle-mère de gronounours au dessus des genoux ? Chaud...

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Saint Thomas ST

Et ça ne risque pas de s'arranger si rien n'est fait...

 

La Fédération a communiqué les chiffres définitifs sur la baisse de ses licenciés. Comme attendu, le déclin est très fort, notamment dans les écoles de rugby (-10 %) mais aussi dans toutes les catégories masculines.

Edited by Saint Thomas ST

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gronounours
Il y a 9 heures, tropézien a dit :

 

Ça voudrait dire qu'on ne pourrait pas plaquer la belle-mère de gronounours au dessus des genoux ? Chaud...

 

J’ai eu une image ... 🤮

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tire-bouchon

Elle est gourmande la bougresse.

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cKei

Je sais que certains aiment bien l'ambiance vestiaire-transpirant inhérente au jeu de gonfle d'antan mais le trentenaire féministo-gauchisse que je suis ne dirait pas non à ce qu'on évite de partir systématiquement dans les allusions graveleuses dès qu'une femme est concernée.

 

#onnepeutplusriendire

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tire-bouchon

Entièrement d' accord.

Si elle reste concernée et non pas impliquée.

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Saint Thomas ST

Bonne synthèse.

 

 

Fragilisé par les drames, le rugby doit faire sa révolution

 

Après le décès de trois joueurs ces derniers mois, les instances dirigeantes sont pressées de modifier les règles.

 

DAVID REYRAT ARNAUD

 

 

RUGBY On achève bien les rugbymen. Le décès tragique de Nicolas Chauvin, jeune joueur espoir du Stade Français Paris, vient de confirmer la tendance mortifère. Des joueurs plus lourds, plus puissants, pour des impacts dévastateurs. Un drame de plus qui plombe un sport qui, au plus haut niveau, a renié son âme en privilégiant la démolition sur l’évitement. Pervertissant l’esprit de ce jeu. Bien sûr que le rugby est un sport de combat.

 

Mais son essence ne se réduit pas à ces luttes pour la possession du précieux ovale. La vitesse, la passe, l’esquive ont, pendant un siècle, fait tout autant partie de la panoplie que la bravoure. Puis, en 1995, le rugby est passé professionnel. Les joueurs sont devenus des athlètes. La musculation s’est ajoutée au cahier des charges. Des heures sous les barres pour des sportifs gavés de protéines. Verdict ? Les gabarits ont explosé.

 

Cette profusion de muscles a bouleversé la stratégie, fait tourner la tête aux entraîneurs. Adieu les artistes, place aux gladiateurs. Au défi frontal, brutal. Aux chocs infligés à répétition pour diminuer l’adversaire. Et, pire encore, aux plaquages visant le haut du corps. Il ne s’agit plus d’agripper les jambes pour faire tomber mais de cogner fort pour éprouver l’assaillant, lui faire lâcher le ballon. Et, comme on n’arrête pas le progrès quand il s’agit de détruire, est apparu ces derniers temps le double plaquage. Deux lames. Pour stopper et repousser.

C’est cette technique qui a coûté la vie au jeune joueur parisien de 19 ans, inhumé mercredi. Le 9 décembre, sur l’impact, sa deuxième vertèbre s’est fracturée et son cœur s’est arrêté de battre. Près de vingt minutes. Quatre jours après, Nicolas Chauvin décédait à l’hôpital. Troisième mort en sept mois pour un rugby français endeuillé. En mai, Adrien Descrulhes, amateur de 17 ans, était retrouvé mort dans son lit au lendemain d’un traumatisme crânien. Le 10 août, un jeune professionnel de 21 ans, Louis Fajfrowski, décédait dans le vestiaire après plusieurs pertes de connaissance. L’autopsie conclura à « une mort accidentelle à la suite, et non pas à cause, d’un plaquage ».

L’accumulation de ces drames a fait sauter le couvercle.

 

Trop, c’est trop. Dans les écoles de rugby, l’inquiétude des parents monte. Et les conséquences s’annoncent désastreuses. En un an, la Fédération française de rugby a déjà perdu 10 % de licenciés dans les catégories de jeunes. La désertion risque de s’amplifier encore tant l’image du rugby est abîmée ces derniers mois. Pour une perte de crédit. « Par rapport à certains sports majeurs, le rugby a toujours eu un parachute : les comportements, les valeurs nous ont longtemps protégés, résume Thomas Lombard, ancien international désormais consultant pour Canal +, la chaîne du rugby qui voit les audiences du Top 14 s’éroder. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On ne peut donc plus se permettre le moindre écart, car on est clairement attaqué. »

 

 

Il faut dire que les témoignages, plus anxiogènes les uns que les autres, se multiplient. C’est le trois-quarts centre de Clermont et du XV de France, Wesley Fofana, confiant à L’Équipe qu’à cause d’une grave blessure aux cervicales mal diagnostiquée il « aurait pu mourir sur le terrain d’un simple choc ». Fin septembre, c’est le troisième ligne sud-africain de Brive (Pro D2) Petrus Hauman qui annonce, à 31 ans, mettre un terme à sa carrière après un troisième KO en six mois. « Il y a trop de risques, alors je préfère arrêter… » Le capitaine du pays de Galles, Sam Warburton, avait pris la même décision quelques semaines plus tôt, à 29 ans, son corps trop meurtri n’encaissant plus les chocs. La liste est encore longue…

 

Pourtant, des lanceurs d’alerte avaient mis en garde contre la dangereuse dérive du rugby actuel. Le neurochirurgien Jean Chazal avait été l’un des premiers. « J’avais pressenti ces dangers quatre ou cinq ans après le passage au professionnalisme, dans le courant des années 2000, rappelle le doyen de la faculté de médecine d’Auvergne au Figaro. J’ai coordonné la commission médicale de l’ASM Clermont à partir de 2004. Dès 2005, avec le médecin du club, on s’était inquiété de l’augmentation du nombre de blessures et de commotions. C’était il y a treize ans… » Dans un article publié dès 2010 dans la revue de la médecine du sport, il met déjà « en garde contre le nombre important de commotions » et, en 2017, après avoir vu le nombre de commotions doubler en deux, trois ans, il prévient : « Un jour, il y aura un mort… »

 

Le constat, alarmant, ne s’arrête pas là. « On a vu apparaître des hernies cervicales en plus grand nombre, des épaules gravement blessées, des genoux, des ligaments croisés… Quasiment chaque semaine. Les blessures sont devenues de plus en plus nombreuses et plus graves. Tout cela est lié à l’augmentation des gabarits. On a longtemps mis la poussière sous le tapis. Il ne fallait pas trop parler pour ne pas faire peur. Mais nous sommes au stade de l’homme augmenté. En dix ans, le poids moyen des joueurs a augmenté de 10 kg. Autrefois, un pack de huit avants à 900 kg, c’était exceptionnel. Aujourd’hui, certains approchent de la tonne… » Et de poursuivre. « Il faut revenir aux bases du rugby : l’évitement. À savoir passer à travers une porte ouverte par la dextérité et la vitesse. Aujourd’hui, en raison des gabarits, on ne se pose plus de questions, on enfonce directement la cloison. Ils ne cherchent même plus la porte… » Selon lui, il est impératif que « le rugby retrouve son identité culturelle. N’oublions pas que le rugby était un sport référent à l’université parce qu’il occupait les pieds, les mains, le cerveau. C’était un sport de combat stratégique. On a perdu cette notion-là… »

 

Longtemps expert national pour la FFR et la Ligue nationale de rugby (LNR) dans le dossier brûlant des commotions, Jean Chazal ne fait plus partie aujourd’hui des instances dirigeantes. Mis de côté. Trop cash, donc gênant. « Les instances ont démontré jusque-là leur incompétence. Je n’ai aucun coup de fil ni de la Ligue ni de la Fédération, alors que j’ai quarante-deux ans d’expérience en neurotraumatologie. Je ne suis entendu que dans les médias. Il a fallu trois morts de moins de 20 ans pour qu’elles réagissent, c’est effrayant », déplore-t-il, avançant que « seulement des mesurettes ont été prises jusque-là. Et si l’on veut prendre de vraies mesures, il faut intéresser tous les acteurs et être sans pitié si on ne les respecte pas. Ça permettra d’éduquer tout le monde. Il faut tout reprendre à zéro, et une prise de conscience générale. Il faut prendre les mesures tous ensemble. »

D’autres voix s’élèvent pour réclamer une refonte totale de la façon de jouer. Aujourd’hui, les lignes commencent à bouger, les pistes avancées sont nombreuses pour sortir de l’ornière. Des idées jaillissent de partout. D’une ligne tracée sur le bas du maillot au-dessus de laquelle il ne serait plus possible de plaquer (Florian Grill, président du comité Île-de-France, principal opposant à Bernard Laporte) à la diminution du nombre de remplaçants (en constante augmentation, pour des joueurs frais achevant des joueurs fatigués), en passant par une diminution des gabarits. « Bien sûr qu’il faut limiter le poids des joueurs, martèle le Pr Chazal. Les Néo-Zélandais l’ont fait chez les jeunes depuis longtemps. Et même chez les All Blacks les profils des joueurs sont raisonnables. On ne peut plus voir sur les terrains des joueurs comme Uini Atonio (le pilier de La Rochelle et du XV de France), qui pèse 145 kg, croiser des gars qui en font 60 de moins… Un trois-quarts, par exemple, pourrait ne pas peser plus de 95 kg. Ce serait pas mal si on en arrivait là. » Selon lui, « il ne faut plus classer les joueurs par âge, mais par gabarit. Chez les jeunes et chez les Espoirs, c’est fondamental. Les Espoirs jouent régulièrement contre des pros. Il faut surveiller ça. Ajoutons à cela la suppression des plaquages à deux, beaucoup trop dangereux. 

 

Enfin consciente de l’urgence, et mesurant le risque de dévisser côté licenciés mais aussi médiatisation, la FFR se montre enfin proactive. À son initiative, des dirigeants de World Rugby (la Fédération internationale) étaient jeudi à Paris pour explorer ces pistes et d’autres encore. Et, ce vendredi, la Fédération (en charge du rugby amateur) et la Ligue (en charge du rugby pro) sont convoquées par la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, pour lui présenter les solutions envisagées.

Preuve que la prise de conscience est désormais générale, certains n’ont pas attendu ces discussions pour prendre des décisions. Alain Garcia, l’entraîneur des Espoirs d’Agen, a révélé lundi dans les colonnes de La Dépêche du Midi qu’il avait demandé à ses apprentis rugbymen de ne plus plaquer à deux. « Je renonce à cette façon de défendre. C’est trop dangereux pour l’intégrité physique de l’adversaire. Je veux qu’on réfléchisse à une autre façon de défendre avec moins de violence au niveau du choc. »

 

Dans les niveaux inférieurs, amateurs, l’évolution est déjà en cours. D’abord grâce aux mesures imposées en début de saison par la FFR. Regroupées sous le thème « Bien Joué », ces directives fédérales recommandent, jusqu’à 14 ans, un rugby d’évitement où le passage en force est sanctionné. Avec déjà de premiers effets. Les éducateurs sont unanimes : les enfants prennent plus de plaisir à courir ballon en mains. Christophe Renauld, président du Rugby Club Paris Neuilly, confirme cette volonté, cette tendance porteuse d’espoirs. « Le rugby que nous prônons au RCPN n’a pas vocation au casse-briques. Nous l’aimons complet, varié, malin, privilégiant l’évitement à la collision. Les éducateurs sont choisis, formés et supervisés en ce sens. On y décourage les gueulards et ceux qui attisent la nervosité. On tente d’inculquer à tous la différence entre la saine agressivité et l’inutile violence. Le rugby que nous apprenons à nos enfants n’est pas le rugby du Top 14 », insiste le bénévole. Avant, cependant, de reconnaître : « Tous les clubs que nous rencontrons ne jouent pas toujours le jeu… »

 

C’est ce qui dérange Thomas Lombard. « Il y a un processus d’identification qui est normal. Un gamin qui aime le rugby, il va regarder ce qui se fait à l’échelon supérieur, en Top 14. S’il n’y a pas de continuité entre ce qu’on lui apprend à l’école de rugby et ce qu’il voit à la télé, à un moment, cela va poser un problème. Le gamin ne pourra pas y croire complètement. On dit qu’on va faire de l’évitement dans les catégories de jeunes, c’est très bien. Mais si ce n’est pas la même chose au niveau supérieur, ça va coincer. Dans d’autres pays, comme la Nouvelle-Zélande ou l’Afrique du Sud, il y a une continuité entre la formation et le haut niveau. Ce n’est pas le cas chez nous, où le fossé est très important. » D’où l’importance du signal qui sera envoyé ces jours prochains par le « législateur », World Rugby. Car c’est à l’élite de montrer l’exemple. Il en va de l’avenir, de la survie, du rugby.

 

Edited by Saint Thomas ST
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papé
Le 16/12/2018 à 09:20, Raphaelle a dit :

PHILIPPE KALLENBRUNN JDD

 

DRAME Professionnel depuis deux décennies, ce sport déplore les décès en série de jeunes joueurs

 

 Je crois que là tout est dit !

Depuis 2 décennies les règles apportées par le rugby de l'hémisphère sud ,(qui voulait concurrencer le XIII) ,ont fait leur effet .

Revenons tout simplement aux règles d'il y a 20 ans .

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Gabi

 

Il y a 9 heures, Saint Thomas ST a dit :

Avec déjà de premiers effets. Les éducateurs sont unanimes : les enfants prennent plus de plaisir à courir ballon en mains.

Sans déconner ??? :shaun:

 

Non mais c'est quand même dramatique si des écoles de rugby apprenaient vraiment à des gosses à se rentrer dedans, avec un gueulard fouettard en guise d'éducateur.

Il a vraiment fallu une directive de la fédé pour leur expliquer qu'avec les enfants, il fallait mieux leur apprendre l'évitement ?

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Saint Thomas ST
il y a 28 minutes, Gabi a dit :

 

Sans déconner ??? :shaun:

 

Non mais c'est quand même dramatique si des écoles de rugby apprenaient vraiment à des gosses à se rentrer dedans, avec un gueulard fouettard en guise d'éducateur.

Il a vraiment fallu une directive de la fédé pour leur expliquer qu'avec les enfants, il fallait mieux leur apprendre l'évitement ?

 

Pas partout heureusement ! 

 

Bien entendu que c'est dramatique, j'espère qu'il va y avoir une vraie prise de conscience. 

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le zèbre aux courges

J'ai entendu qu'on voulait imposer les placages en dessous de la ceinture. Mais faut interdire en même temps les charges tête baissée cassée en 2 également car comment tu veux plaquer en dessous de la ceinture dans ces conditions au corp à corp.

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