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Le topic des "je sais tout, je suis été à l'école"


Manpat

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Il y a 3 heures, tire-bouchon a dit :

Par contre j' en lis ! :whist:

Arrête de te lire, ça ira mieux. 

Bon, d'accord, je concède que tu ne te souviens de tes ecris. 

Posté(e)
Il y a 17 heures, tire-bouchon a dit :

Par contre j' en lis ! :whist:

C'est bien de te relire. C'est mieux de te corriger. 😉

Posté(e)
Il y a 15 heures, papé a dit :

Arrête de te lire, ça ira mieux. 

Bon, d'accord, je concède que tu ne te souviens de tes ecris. 

 

il y a une heure, manpat31 a dit :

C'est bien de te relire. C'est mieux de te corriger. 😉

c' est donc manpapé31 ... le complot

  • Haha 2
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https://www.ladepeche.fr/2023/01/04/la-boule-au-ventre-un-college-contraint-de-fermer-ses-portes-a-cause-de-violences-entre-les-eleves-10903461.php

 

Citation

Nicolas Bonnet, principal du collège explique également que la situation de cet établissement scolaire n'est pas exceptionnelle : "Il y a effectivement des incivilités, des petites violences quotidiennes que nous gérons. Il n'y a pas un effet de bande. Il n'y a pas une violence systémique dans cet établissement".

 

Le collège ferme mais c'est rien du tout selon le proviseur.

 

Là on tient un très très bon.

Modifié par Tlsefred31
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Peut être une image de texte qui dit ’la 'Or, olus it à c le le ans SOBRIÉTÉ ÉNERGÉTIQUE Pap Ndiaye annonce que les auteurs des Lumières seront progressivement remplacés dans les programmes scolaires par des auteurs à basse consommation intellectuelle comme Yann Moix, Raphaël Enthoven ou BHL.’

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Chapitre 19 : « Et c'est une bonne situation, ça, esclave ? »

TZR. Titulaire sur Zone de Remplacement. Ça alors, j’ignorais totalement l’existence de ce statut. En gros, tu es un remplaçant qui a le concours, et tu peux n’être affecté que sur une petite partie de l’année, jongler entre plusieurs établissements, être appelé au dernier moment, te taper des dizaines voire centaines de kilomètres par jour, etc. Mais alors pourquoi ai-je passé le concours, si c'est pour me farcir une situation aussi précaire qu’à mes (timides) débuts en tant que contractuel ? Avec, en bonus, la chance d’être envoyé à perpète au lieu de graviter autour de ma ville natale ? J’étais, comme à mon habitude, bien las d’une telle situation.

Le dernier jeudi de formation est consacré à la cérémonie des adieux. Plus humblement, nous devons tous apporter un plat cuisiné par nos soins afin de fêter notre titularisation. Une collègue réunionnaise a concocté des accras de morue ! C’est assez singulier de dévorer un plat aussi salé à 11h du matin mais l’assemblée se régale. De mon côté, j’ai cuisiné une galette des rois. A l’époque, c’est quasiment le seul dessert que je sais faire, alors tant pis si nous sommes en plein mois de juin. « On n'a qu’à dire que c’est une tarte à la frangipane. Avec une fève… »

Après nous être souhaité bonne chance, nous sommes tous repartis de notre côté. Seuls Stéphanie, Laurie et moi avons décidé d’aller boire un verre ensemble. Comme un dernier partage avant le grand saut vers l’inconnu. Nous savions, au fond de nous, que nous ne nous reverrions pas, malgré nos promesses de ne pas perdre contact.

« Hey, tu sais, Rip ? Tu te souviens, un jour, quand on était allé boire un verre avec une intervenante d’anglais, Mary. Elle était très intéressée par toi ! Je ne te l’avais pas dit ?

- Quoi, mais t’es sérieuse ? Pourquoi t’as rien dit ?

- Tu semblais toujours vouloir te renfermer sur toi, alors je lui ai dit qu’à mon avis, tu n’étais pas intéressé.

- Mais j’en sais rien, j’aurais pu la connaître, même sans forcément m’engager dans quelque chose, enfin, t’abuses ! J’aurais bien eu besoin de vivre quelque chose de doux et tranquille, pendant que le reste du monde s’effondrait ! »

Je réalisai à cet instant que cette année entière consacrée à ma survie avait fini par inhiber toute envolée sentimentale. Je me suis rendu compte que j’étais seul. Tous mes amis étaient aux quatre coins de la France. Et ces nouvelles connaissances orléanaises allaient s’enfuir chacune de leur côté, dans l’horizon imperceptible de leur propre aventure. Amicalement, amoureusement, j’allais être seul, et devoir repartir de zéro dans une région que je ne connaissais absolument pas. L’idée m’angoissait autant qu’elle me charmait. Ce serait un nouveau départ, érigé sur une base absolument inexistante.

Ce soir-là, je suis pris d’un profond remords pour cette fille que j’ai abandonnée à Clermont-Ferrand sans donner de nouvelles, alors que je m’apprêtais à mettre un pied dans l’enseignement. Des sentiments refoulés ressurgissent, comme une déferlante rasant tout sur son passage.

Pourquoi.

Est-ce que.

Je suis.

Parti ?

Je lui écrivis alors un mail, qui ressemblait globalement à ça :

« Chère toi,

Voilà plus d’un an que je suis parti sans te prévenir, que j’ai fait preuve d’une grande lâcheté à ton égard. Je voulais te présenter mes excuses, même si je sais que des mots ne suffiront pas à apaiser la douleur que j’ai pu t’infliger. Je ne me sentais plus à ma place, j’avais envie d’autre chose, j’étais propulsé vers l’âge adulte malgré moi, et je sentais un décalage avec la vie étudiante. Puis, au-delà de ces préoccupations, je savais que j’allais devoir partir, loin de toi, que ce serait peut-être déchirant, que la distance finirait par nous abîmer, et je n’ai pas voulu vivre ça. J’ai préféré ignorer une douleur potentielle plutôt que de prendre le risque de la laisser croître.

Cependant, il y a quelque chose que je ne t’ai jamais dit, car j’avais très peur des mots, peur de l’engagement qu’ils impliquent. Je t’aimais, profondément, et je t’aimais encore quand je suis parti. J’ai regretté chaque seconde de m’être enfui, et c’est un déchirement que de revenir dans cette ville, durant les vacances, comme si elle portait encore en elle le souvenir inachevé de notre histoire. Je voulais vraiment que tu le saches, que je t’avais aimée, parce que tu étais profondément aimable, que tu n’as rien fait pour mériter que quelqu’un se comporte ainsi avec toi. Je te souhaite d’être heureuse. »

Je crois que j’ai rarement autant pleuré qu’en cliquant sur « envoyer ».

Les vacances d’été avaient débuté dans une sérénité teintée d’une douce amertume dont j’étais privé, car je devais me rendre aux oraux de rattrapage afin d’être secrétaire d’examen. Une mission totalement ingrate durant laquelle vous incarnez le parfait larbin chargé de retranscrire, sur PC, les notes et commentaires des examinateurs. Il s’agit de repêcher, ou non, des élèves recalés en s’appuyant sur leur dossier scolaire. C’est très souvent la foire à la saucisse.

« Il a 9.71 de moyenne (malgré les rattrapages, hein !). Quelqu’un ici veut bien augmenter sa note ?

- Boarf, en anglais, c’était pas si mal, je veux bien monter à 12…

- Ah puis on dit dans le dossier qu’il était volontaire donc il le mérite.

- Ouais c’est pas comme celui d’avant qui avait plein de bavardages au compteur. Lui, il n’avait aucune chance. »

Je n’ai JAMAIS mon mot à dire, et l’on ne me demande pas mon avis. Je me contente de taper, taper, taper. Ça va, les gens, je ne vous dérange pas, vous voulez peut-être un petit café ? C’est extrêmement frustrant car lorsque l’on nous convoque, on nous fait miroiter une expérience très formatrice, mais nous demeurons bête spectateur de la mascarade. Je suis bien conscient que je n'ai aucun pouvoir de décision, mais n’était-il pas possible de me faire consulter, au minimum, les dossiers scolaires afin de m'intégrer aux débats ? Je ne suis qu’une ombre, mais une ombre qui rêve de partir au soleil.

Lorsque nous quittons l’établissement, l’un des collègues, un professeur de philosophie très austère qui ressemble au dessinateur Morris (l’auteur de Lucky Luke), mais tel qu’il était souvent croqué par Roba (j’adore la BD franco-belge), me surprend en s’adonnant à une sorte de « danse du cul », tout en chantonnant « C’est les vacances ! ». Je dis « danse du cul » car à l’époque, le terme « twerker » n’était encore entré ni dans nos cauchemars, ni dans le dictionnaire. À cet instant, je me suis demandé si moi aussi, un jour, je deviendrais ce prof austère qui perd toute contenance et se met à rouler du cul en quittant le lycée. (et le moi du présent vous rassure : NON !!!)

Quand je suis retourné en Auvergne, ma famille m’attendait pour fêter ma titularisation. J’avais l’impression de pénétrer à nouveau dans un cocon de sécurité. Pourtant, quelque chose avait changé. Je n’étais plus un enfant. En quittant mes proches, je crois que j’étais encore très immature, bien loin des préoccupations qui allaient être les miennes durant cette année probatoire. Mais désormais, j’avais été confronté à la jeunesse sous toutes ses facettes, de la plus obscure a la plus lumineuse, de la plus évidente à la plus indicible. Je me suis surpris à ne plus me surprendre d’être nommé « Monsieur ».

J’ai ainsi dévoré juillet comme l’on se nourrit d’une immense pâtisserie, plongeant dans les étangs comme l’on se noierait dans des vagues écumantes de crème chantilly (Désolé pour l’analogie sucrée un peu poussive, je suis de la team desserts). Mais pas une trace d’un quelconque petit morceau de mail d’affectation. J’ignorais toujours où j’enseignerais en septembre prochain. Pour oublier, je m’adonnai à l’un de mes plaisirs simples : la rando lecture !

« Bla bla bla, comment tu fais pour lire en marchant ? Ça n’a aucun sens. C’est un coup à te casser la gueule !

- Bien sûr que ça en a : tu peux calquer le rythme de ta marche sur celui de ta lecture, et ça rend les récits de voyages plus immersifs.

- Bah, désolé mais moi je pense que je me casserais la gueule. »

Et, alors que je ne m’y attendais pas, je reçus, un jour, une alerte : « Vous avez un nouveau mail ».

Il n’était pas signé par le rectorat mais par… elle. Je n’en revenais pas, elle m’avait répondu. C’est avec une énorme boule au ventre que je pris connaissance de son contenu :

« Cher Rip, je te remercie de m’avoir écrit ce message. Serait-il possible que nous en parlions par téléphone ? »

Mon cœur battait la chamade. Sa voix. Elle me semblait si lointaine, comme feutrée, enrobée dans ce petit quelque chose de flou qui habille les souvenirs. J’allais à nouveau l’entendre, peut-être m’envelopper dans ce qu’il restait des bonheurs écoulés à ses côtés.

Nous avons discuté durant des heures. De notre rencontre dans un club d’écriture, de notre premier marché de Noël, avec ce type qui nous avait beaucoup gênés en criant « Alors les amoureux ? » quand bien même nous ne nous étions pas encore déclaré notre flamme, de ce qui a dysfonctionné dans notre relation, de ce qui nous est arrivé durant cette année. Si bien qu’au terme de notre conversation, je lui ai proposé que l’on se revoie.

« Je suis en Auvergne, je peux venir te voir demain, je t’invite boire un truc ! »

Elle semblait ravie elle aussi.

Mais le lendemain, douche froide. Elle prend contact avec moi et m’annonce qu'elle ne souhaite plus me voir. La nuit a porté conseil. Elle s’emporte :

« Ce n’est pas une bonne idée, de se voir. Je pense qu’il faut savoir dire adieu à notre passé.

- Mais, je ne comprends pas. Tu étais très enthousiaste, hier.

- Je l’étais, oui. Puis je me suis souvenue. De ce que j’ai ressenti quand tu es parti. Tu t’es mis à ma place une seule seconde ? Tu sais ce que j’ai vécu ? Tu es parti sans me donner de nouvelles, comme un voleur. Tu te rends compte de la violence que ça a été pour moi ? Tu crois que tu peux revenir comme ça te chante, que l’on soigne ce genre de blessure avec un mail ? Ça te donne bonne conscience ? Et c’est quoi, la prochaine étape ? On se voit, tu m’embrasses et on oublie tout ? Tu es parti pour travailler loin, je n’aurais pas voulu d’une relation à distance, moi non plus. Mais est-ce que tu m’as consultée ? Non. Tu as pris la décision seul. Je n’avais pas mon mot à dire ? Ça ne me concernait pas, peut-être ? Et là, pourquoi es-tu revenu ? Tu n’as trouvé personne depuis, donc tu te rabats sur celle qui t’attend sagement en Auvergne ? Tu es parti sans même me dire que c’était fini. Est-ce que tu t'es mis une seule fois à ma place ? UNE SEULE FOIS ?»

Je reçois alors tout le poids de sa rancœur. Nous annulons nos retrouvailles et nous coupons définitivement les ponts. J’ai terriblement honte de mon attitude. J’étais tellement centré sur moi-même, sur mes difficultés, que le reste du monde avait cessé d’exister. Et effectivement, je ne m’étais jamais mis à sa place. Je pense que j’aurais littéralement dépéri, si j’avais dû vivre la situation inverse. Ce soir-là, je n’ai plus eu le goût ni la prétention de m’appeler « Monsieur ». Je n’avais été qu’un enfant capricieux qui s’imagine que l’on peut reprendre son jouet après l’avoir cassé.

Si je l’avais pu, je serais immédiatement allé demander de l’aide à Lucie. C’est ma meilleure amie depuis nos quatre ans. Nous nous sommes connus grâce à nos parents, c’était un soir, devant le Pinnochio de Disney ; et depuis, nous nous sommes adorés, détestés, soutenus, disputés. Je ne compte même plus le nombre de fois où elle m’a ramassé à la petite cuillère suite à une déception amoureuse. Parfois d’une façon un peu musclée :

« Tu as été un peu con, ça arrive. T'es même un gros putain de trou du cul. L’essentiel, c’est que tu en prennes conscience »

Ou encore : « Non mais y avait un red flag au-dessus de la tête de cette meuf. Encore une qui a des problèmes à régler. Fuis ! »

C’était un genre de petite sœur pour moi, et j’avais parfois le sentiment que nulle autre qu’elle ne savait me comprendre et me bousculer quand il le fallait, c’est-à-dire souvent.

Mais nous avions coupé les ponts, et cela durerait presque dix ans. Une simple dispute, puérile, couplée à une situation affective délicate de son côté. Je ne retrouverais Lucie que bien plus tard.

J’étais donc seul face à mes responsabilités, et je me suis dit que grandir, cela passait aussi parfois par cette capacité à savoir rester debout et à tenir la barre. J’avais l’opportunité de vivre un nouveau départ, et de pouvoir tout rebâtir et remodeler avec des mains d’adulte. Il faudrait faire le deuil de tout cela. De Lucie, de l’Auvergne, de cette fille (dont je me plaisais à imaginer une réalité parallèle où j’aurais choisi l’édition et où nous n’aurions jamais été séparés), et aussi, quelque peu, de mon enfance.

J’allais sûrement devoir affronter toute la délinquance du monde, probablement gérer des affaires de trafics, risquer d’être violenté, peut-être voir l’un de mes élèves mourir véritablement comme cela avait failli être le cas… j’ignorais vraiment de quoi demain serait fait.

Aussi, quand au milieu du mois d’août, j’ai enfin reçu le fameux courrier d’affectation, je suis tombé des nues. Un collège ET un lycée, MAIS situés dans la même ville. Et pour ce qui est du lieu, justement… Bien sûr, je connaissais cette ville de réputation historique, mais je ne m’y étais jamais rendu. Un tour sur Google Images m’a vite informé de la nature de mon nouvel environnement de travail.

« Attends… Fontainebleau ?! Mais c’est quoi cette ville de bourges ?! »

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Chapitre 20 : Décalage

Quand je débarque à Fontainebleau, je me sens un peu comme mes 2nde 8 qui découvraient les marbrures des rampes du lycée. Incroyable ! De l'or et du faste partout ! Des monuments historiques à perte de vue ! (Bon, peut-être pas : le moi du présent a fini par en faire le tour assez rapidement. Mais tout de même ! À noter d'ailleurs que le château est le seul édifice du coin à être accessible gratuitement via le Pass Education). On est bien loin de mon petit village natal et de son PMU défraîchi.

« Wouah. Alors c’est vraiment ici que je vais enseigner pendant une année entière… »

C’est amusant, car je ne me sens pas à ma place. Comme si je n’étais pas fait pour intégrer un décor aussi prestigieux. Moi, à la base, j'aime la campagne, les plaines et les plateaux verdoyants. Je me plais à sillonner les chemins caillouteux en écoutant la bande originale du Seigneur des Anneaux, façon hobbit démesuré qui se serait perdu dans le Bourbonnais. Alors autant dire que la ville, en comparaison...

Dans l’urgence, j’ai programmé trois visites d’appartements. Les deux premiers sont gérés par une agence qui n’inspire aucune confiance. À peine entré-je dans les locaux grisonnants que j’assiste à une scène surréaliste. L’agent immobilier est en train de se disputer avec la mère d’un employé qui doit bien avoir la trentaine, lequel est présent et se cache presque derrière les jupons de sa môôôman :

« Mais enfin Madame, si j’ai un truc à dire à Steevy, je le dis à Steevy ! Pas à sa mère ! Tu le sais, hein, Steevy, que tu peux me parler d’homme à homme, enfin !

- N’ÉCOUTE PAS CET HOMME, STEEVY ! C’EST UN MENTEUR DOUBLÉ D’UN ESCROC ! »

OK, ce sera donc ça, mon premier contact avec les autochtones. Tout à-coup, je me sens moins dépaysé. Ça aurait très bien pu se dérouler chez moi. Je quitte tout de même l’agence sans rien visiter. Mon choix se portera sur ce qu’il reste : niveau timing, je n’ai absolument pas d’autre éventualité si je souhaite ne pas dormir sous un pont le 1er septembre.

Le logement n'est pas très spacieux ni très lumineux, et surtout, il est CRADE ! La semaine suivante, lorsque je m’installe, aidé de mes parents, je dois tracer un périmètre de propreté autour de mon lit afin de passer la nuit dans un cercle à peu près sain. Je suis d’ailleurs très étonné de me réveiller sans avoir attrapé le choléra ou une maladie infectieuse que l’on pensait éteinte. Sans mentir, il y a bien un demi-centimètre d’un dépôt noirâtre sur toutes les surfaces, sol compris. Immonde. Les joies de la vie francilienne où l’on doit se ruiner mensuellement pour nicher dans une poubelle 24 carats.

Je profite des derniers jours d’août pour visiter Fontainebleau. L’été est encore insistant, et inonde la ville d’une foule de touristes qui s’insinuent bruyamment dans la moindre ruelle commerciale. On dirait presque un petit Paris : des gens de toutes nationalités s’entrecroisent, s’ignorent, s’agglutinent… de mon regard de petit provincial, c’est tout-à-fait singulier. Ça me rappelle un peu les voyages scolaires à Paris, où l’on scrutait avec une certaine fascination les bus bondés de vacanciers asiatiques. Il était presque intimidant de se trouver face à cette marée humaine venue d’une outre terre pour admirer nos merveilles nationales. Je remarque aussitôt les jardins du château, notamment le Jardin de Diane où je viendrai, un peu plus tard, corriger mes copies, ainsi que le petit canal qui accueille si généreusement les pique-niques des citadins !

Quand la pré-rentrée pointa le bout de son nez, j’ignorais encore si mon cœur penchait plutôt du côté de l’appréhension ou de l’excitation. Ce qui m’intriguait le plus, c’était la nature même de l’établissement où j’allais exercer : un collège-lycée ! Génial, j’avais toujours rêvé d’œuvrer dans un tel établissement. Je me demandais comment il était possible de mélanger deux publics aussi différents, et m’imaginais aussi qu’il devait être aisé de faire la passerelle entre les cycles. (en réalité, pas du tout : déjà parce que les établissements étaient administrativement distincts, et les affectations aussi ! Il n’y avait donc aucun autre prof que moi qui enseignait tant au collège qu’au lycée ! C’est un peu dommage car cela aurait pu permettre de corréler les objectifs pédagogiques. Mais en vérité, des clans se formaient dans la salle des profs et il était rare qu’un enseignant du lycée ne daigne côtoyer un enseignant du collège)

La réunion de présentation des personnels et du projet d’établissement se déroula sans heurts. Même si j’étais un peu dégoûté de mon emploi du temps : un vrai gruyère, SAUF le samedi matin : quatre heures consécutives. Sûrement le HASARD, n’est-ce pas ? C'est quand même fou, la vie, parfois. Quel DOMMAGE qu'un tel perfectionnisme n'ait pu être atteint pour tous les autres jours de la semaine.

Et à l’issue de ce cordial rassemblement, un très sympathique collègue de mathématiques m’accosta :

« Hey ! T’es nouveau toi ! Moi c’est Thierry ! Et toi ?

- Moi c’est Rip, enchanté !

- T’enseignes les maths, j’espère ?

- Presque ! C’est aussi relou, mais avec des lettres. Je suis en français !

- Aïe, toutes mes condoléances…

- À ce point ?

- Non, pas pour la matière, pour ton équipe ! Celle de français est… spéciale ! Je te laisse le soin de découvrir, mais tu pourras toujours trouver refuge auprès de celles de maths ou d’histoire ! On est cool, chez nous ! »

Je ne tarderais pas à réaliser qu’il n’avait pas tort, et que sa mise en garde concernant mes collègues disciplinaires était totalement fondée.

« Ah, et le dirlo, c’est pas ça non plus… enfin, les liens sont, disons, tendus entre lui et les personnels.

- Ah ouais ? C’est si conflictuel que ça ?

- Pire ! C’est LA MEEEEERDE !!! »

Par la suite, j’ai immédiatement sympathisé avec les jeunes arrivants, tout aussi paumés que moi : il y avait notamment Stéphane, un enseignant de physique-chimie, Nicolas, un stagiaire de lettres modernes, Sandy, une prof d’espagnol et Christophe, un philosophe ! Nous avons choisi de nous retrouver le soir-même afin de partager une pizza et faire plus amples connaissances.

Nicolas, qui vivait très près de chez moi, m’a rejoint une heure plus tôt, ce soir-là. Nous avions pris le temps de discuter et avions pressenti qu’une amitié pouvait naître. Nous avions les mêmes goûts, les mêmes centres d’intérêt. Nous ne pouvions que nous entendre. La glace fut vite brisée : nous avons failli nous étouffer de rire devant Rayman Legends, un jeu de plate-forme coopératif déjanté (et français ! Cocorico !). Nous avons d’ailleurs pété un câble sur un stage musical reprenant le rythme d’Antisocial de Trust, d’une difficulté effarante.

Le soir, nous avons tous appris à nous connaître. Le courant passait bien, le gras des plats Pizza Hut aussi (non, n’y allez pas, c’est très moyen. C’est si huileux que parfois, la pizza glisse de vos mains, façon savonnette). Et c’est bien la première fois que j’ai pu voir des rats fouiller des poubelles au détour d’une rue ! C’était donc ça, L’Ile-de-France !

Puis vint la rentrée, la vraie ! J’allais découvrir mes futurs élèves. Il fallait que ça se passe bien, vraiment. Je ne pouvais plus prendre le risque de me laisser déborder. Le naufrage des STMG, le danger des 2nde 8, je devais impérativement capitaliser sur l’expérience acquise afin d’être respecté. Sur le chemin du lycée, je gonfle ma confiance et mon estime de moi à grands renforts de Bonnie Tyler (Holding out for a hero !). J’ai deux classes de 4e et deux classes de 2nde. Et croyez-moi, ça va chier. J’arbore un masque de droiture, de froideur extrême et d’autorité légendaire. Je vais ASSURER.

À tel point qu’au terme de cette première heure auprès de mes élèves de seconde, trois jeunes filles quittent la salle en larmes.

« Allôôô, Sylviiiiiiie ? Je crois que j’ai un problème de euh… de décalage. C’est normal d’avoir du mal à régler le curseur de l’autorité ? »

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https://fb.watch/hY18qXDP9y/

 

"Menteur ? Menteur !"

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Vu le discours policé, costard-cravate, je pensais plus à ça :

Menteur menteur: Amazon.fr: Jim Carrey, Maura Tierney, Jennifer Tilly,  Swoosie Kurtz, Amanda Donohoe, Cary Elwes, Justin Cooper, Tom Shadyac, Jim  Carrey, Maura Tierney: DVD et Blu-ray

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Et tout le monde s'en fout dans un silence assourdissant... on préfère s'attacher aux propos d'un autre Président, gatochard et vicieux comme le Graet. Pourtant l'impact sur les générations à venir ne sera pas le même.

Je vais peut-être préparer le permis Transport en Commun... :yes:

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https://www.ladepeche.fr/2023/01/11/des-etudiants-utilisent-lintelligence-artificielle-chatgpt-pour-rediger-leur-devoir-et-se-font-attraper-10919188.php

 

Toujours aucune interdiction de l'utilisation du logiciel dans le cadre scolaire en France ...

Il faut quoi notre ministre sérieux? Il a besoin de 10 ans pour intedire l'utilisation et menacer d'exclusion directe tout utilisateur dans l'environnement scolaire et universitaire?

Posté(e) (modifié)
il y a une heure, Tlsefred31 a dit :

https://www.ladepeche.fr/2023/01/11/des-etudiants-utilisent-lintelligence-artificielle-chatgpt-pour-rediger-leur-devoir-et-se-font-attraper-10919188.php

 

Toujours aucune interdiction de l'utilisation du logiciel dans le cadre scolaire en France ...

Il faut quoi notre ministre sérieux? Il a besoin de 10 ans pour intedire l'utilisation et menacer d'exclusion directe tout utilisateur dans l'environnement scolaire et universitaire?

Non mais c'est quoi ce prof ??!!? 

Le mec sait qu'ils trichent et il leur met quand même la moyenne ? :o

 

Il a besoin que le ministre fasse un décret pour dire que "copier, c'est tricher" ?

Y a aussi un décret "pas le droit de copier Wikipédia" ? et 36 autres décrets pour 36 autres sites internet ?

 

Tu es prof, tu sais que ça a triché, tu mets 1/20 et voilà, je peux te dire qu'ils ne recommenceront plus.

 

Non mais ca devient du délire le laxisme des profs.

Déjà qu'ils filent le bac à tout le monde, maintenant, ça contamine aussi les diplômes universitaires.

 

Si j'avais été élève et noté moins de 12 (donc moins que ceux qui ont triché), j'aurai eu une petite explication avec le prof...

Modifié par Gabi
Posté(e) (modifié)

D'accord avec tout. Je sanctionne les tricheurs. Certains utilisent smodin. 

Par contre ce que tu dis est inexact.

il y a 14 minutes, Gabi a dit :

 

Non mais ca devient du délire le laxisme des profs.

Déjà qu'ils filent le bac à tout le monde, maintenant, ça contamine aussi les diplômes universitaires.

 

Ce sont les recteurs, donc le ministre, qui donnent les examens pour acheter une paix sociale éphémère et délétère. Les niveaux d'examen sont très bas, les grilles de correction ultra tolérantes et au final les notes sont relevées et harmonisées.

Modifié par manpat31
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Posté(e)

Ça existe ? Belle prise !:yes:

En plus de 30 ans, je n'en ai jamais croisé un seul en Lycée pro...

Posté(e)
il y a 30 minutes, manpat31 a dit :

Ça existe ? Belle prise !:yes:

En plus de 30 ans, je n'en ai jamais croisé un seul en Lycée pro...

Et pourtant, les profs votent à 80% pour LFI (et 20% restant, ça doit être EELV) !!!

Si c'est pas un indice ça...

Posté(e)
il y a 24 minutes, Gabi a dit :

Et pourtant, les profs votent à 80% pour LFI (et 20% restant, ça doit être EELV) !!!

Si c'est pas un indice ça...

Tu parles un mouvement politique dont le chef ne doit pas être contesté, c' est le modèle rêvé pour mener une classe.. :a0:

Posté(e)
31 minutes ago, Gabi said:

Et pourtant, les profs votent à 80% pour LFI (et 20% restant, ça doit être EELV) !!!

Si c'est pas un indice ça...

ha ? tous les profs votent ? je pensais (pour en connaitre qq uns) que c'etait comme pour le reste de la population et qu'il y avait une bonne partie d'abstentionnistes désabusés  :yes:

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Posté(e)
il y a 42 minutes, Gabi a dit :

Et pourtant, les profs votent à 80% pour LFI (et 20% restant, ça doit être EELV) !!!

Si c'est pas un indice ça...

 

https://www.cafepedagogique.net/les-archives-du-cafe/

 

https://www.ifop.com/publication/pour-qui-ont-vote-les-enseignants/

 

La principale différence avec le reste de la population est la faiblesse du vote facho.

On en trouvait déjà quand j'y étais. Pas beaucoup, mais trop quand même.

Posté(e)
Il y a 3 heures, diogene a dit :

 

https://www.cafepedagogique.net/les-archives-du-cafe/

 

https://www.ifop.com/publication/pour-qui-ont-vote-les-enseignants/

 

La principale différence avec le reste de la population est la faiblesse du vote facho.

On en trouvait déjà quand j'y étais. Pas beaucoup, mais trop quand même.

C'est 2017. Faudrait 2022 mais je n'ai pas trouvé.

Posté(e)
il y a 25 minutes, Gabi a dit :

C'est 2017. Faudrait 2022 mais je n'ai pas trouvé.

Si ça a varié, c'est certainement de l'ordre de quelques pour cent d'un côté ou de l'autre. On est bien loin de l'unanimité LFI-EELV que tu supposais.

 

J'ai quitté en 2012, mais déjà le monolithe social-démocrate était bien ébréché. On entendait en salle des profs quelques voix timides qui saluaient l'excellent ouvrage de Bayrou au Ministère. C'est dire si les enseignants sont désorientés.

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Le 12/01/2023 à 16:07, diogene a dit :

Si ça a varié, c'est certainement de l'ordre de quelques pour cent d'un côté ou de l'autre. On est bien loin de l'unanimité LFI-EELV que tu supposais.

 

J'ai quitté en 2012, mais déjà le monolithe social-démocrate était bien ébréché. On entendait en salle des profs quelques voix timides qui saluaient l'excellent ouvrage de Bayrou au Ministère. C'est dire si les enseignants sont désorientés.

Au ben merde alors.

Déjà qu'il n'y a plus que les fonctionnaires, chômeurs, bobo, anar et communautaristes qui votent à gauche, si même les profs lâchent l'affaire, on n'est pas prêt de voir LFI au pouvoir.

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Il y a 3 heures, Gabi a dit :

Au ben merde alors.

Déjà qu'il n'y a plus que les fonctionnaires, chômeurs, bobo, anar et communautaristes qui votent à gauche, si même les profs lâchent l'affaire, on n'est pas prêt de voir LFI au pouvoir.

Si un coup d'État.

Il fait quoi Chémelenchon en Amérique du Sud ?:yes:

Modifié par capitole46
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On nous a rajouté 2 ans de plus pour y remédier, on dirait...:yes:

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Il y a 6 heures, Gabi a dit :

Au ben merde alors.

Déjà qu'il n'y a plus que les fonctionnaires, chômeurs, bobo, anar et communautaristes qui votent à gauche, si même les profs lâchent l'affaire, on n'est pas prêt de voir LFI au pouvoir.

Depuis le temps que je vous le dis... soyez rassurés, ce n'est pas LFI qui vous fera crever, par contre les autres...


Peut être une image de 2 personnes, enfant et texte qui dit ’martine GILBERT DELAHAYE MARCEL MARLIER falsifie sa date de naissance pour sa retraite পঙ 不 casterman’

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Chapitre 21 : « Alors ? Il paraît que je ne suis pas digne d’être prof ? »

Ma première séance avec les 2nde 8 avait été un carnage... Mais pour eux ! J’avais été tout simplement odieux ! Une overdose de « Eye of the tiger », sans doute ! Car à peine mes élèves ont-ils franchi le pas de la porte que je les ai accueillis avec un joli plan de classe, minutieusement concocté par mes soins sur le modèle « un garçon / une fille ». Je perçois des soupirs et quelques ronchonnements :

« Pfff mais c’est quoi ça, c’est obligé ?

- Bien sûr que ça l’est, mais je vous prierai de garder vos remises en question pour vous, si vous souhaitez passer une année sereine à mes côtés. Vous apprendrez très vite que je ne m’encombre pas de futilités, et vous déconseille fermement d’être dans ma ligne de mire. »

Ma réponse, déclamée sur un ton glaçant, imprime immédiatement le mouvement, et l’on pourrait presque percevoir le blizzard qui s’est abattu sur les épaules de mes pauvres adolescents traumatisés.

Je ne laisse absolument RIEN passer. Dès lors qu’un élève ouvre la bouche, ne serait-ce que pour quémander une gomme ou un stylo, je contre-attaque avec une froideur extrême :

« Vous avez décidé de faire la rentrée sans votre matériel ? (Nouveauté 2013 : je vouvoie mes élèves, afin de marquer une certaine distance ! Je le fais encore aujourd’hui, d’ailleurs !)

- Non, M’sieur, c’est que…

- C’était une question rhétorique. Elle n’attendait pas de réponse. Demain, sans faute, vous me présentez votre trousse. On ne se rend pas sur son lieu de travail sans l’outillage adéquat. Vous voilà prévenu, jeune homme. »

Plus tard, le même tente un second bavardage. Je me poste aussitôt face à lui et le toise de toute ma hauteur, posant la main sur la table (comme on nous a appris à le faire en formation, soi-disant pour montrer que l’on prend possession de leur territoire. Connerie !)

« Voilà ce qu’il m’en coûte d’avoir été indulgent avec vous. C’est dommage car les actions de l’individu influent forcément sur la perception du groupe. Je vais quitter cette séance avec une vision négative de la classe, tout ça parce que VOUS avez jugé intelligent de vous croire au-dessus des règles. Pensez-vous qu’il soit agréable pour vos camarades de débuter l’année avec un professeur déjà en colère ? Vous me rédigerez une lettre d’excuses adressée à votre classe pour le grand inconfort que vous venez de créer (J’en fais littéralement des caisses, je surdramatise).

- Quoi, M’sieur ? Mais j’ai juste ouvert la bouche, vous êtes sérieux ?

- Cela m’arrive, contrairement à vous aujourd’hui, oui.

- Mais vous avez pas le droit !

- Avant de m’informer de mes droits, contentez-vous de faire vos devoirs. Et un conseil : plus jamais vous ne tentez de dire à votre professeur ce qu’il doit faire. J’espère avoir été clair. Lors d’une première séance, nous avons tendance à nous remémorer les prénoms des élèves sérieux et ceux des élèves qui se sont bien mal illustrés. Je pense qu’il inutile de vous préciser dans quelle catégorie mentale vos interventions futiles vous ont placé. Je vous conseille désormais de tout faire pour en changer. »

Il a les larmes aux yeux.

Il ne sera pas le seul. Deux jeunes filles un peu trop enjouées seront convoquées en fin de séance afin que nous puissions discuter de leur nonchalance ostentatoire depuis le début de l’heure. Et si leur entrée était ponctuée de rires innocents, c’est sous un flot de pleurs hoqueteux qu’elles quitteront mon bureau. Eh bien, croyez-le ou non, mais je n’aurai pas un bavardage avec les 2nde 8 jusqu’aux vacances de la Toussaint !

Bien sûr, je ne tire aucune fierté de mon entrée en scène. Je me sens même un peu coupable : aucun adolescent ne devrait avoir à pleurer à chaudes larmes en quittant un établissement scolaire. Mais je repense à ce que me disait cette collègue qui m’avait épaulé lorsque j’étais contractuel : « C’est eux, ou toi ! »

Je joue un jeu similaire avec chacune de mes classes. Particulièrement avec les élèves de 4e. Je sais que c’est un âge souvent difficile, et je ne tiens aucunement à me laisser déborder. Je pressens un grand pouvoir de nuisance chez les 4e 1, et comme l’a dit un jour l’Oncle Ben dans Spiderman, un grand pouvoir de nuisance implique une grande irresponsabilité. Enfin, je crois que c’était quelque chose comme ça. Ou peut-être pas. Toujours est-il que je les aligne à la moindre incartade. Mais, étrangement, ils sont plus malléables et moins farouches que mes 2nde. Je pensais que l’entrée dans un âge rebelle dresserait une muraille face à mes injonctions, mais il n’en est rien.

Progressivement, je découvre l’atmosphère très particulière de mon établissement. Vous vous souvenez du village d’Astérix, avec les bastons perpétuelles parce qu’un quidam a osé prétendre que le poisson n’était pas frais ? Imaginez la même chose, mais version salle des profs. Les gens se détestent, et l’ambiance est exécrable ! Ainsi, il n’est pas rare, de bon matin, d’entendre des gens hurler voire claquer la porte en vociférant : « J’EN AI MARRE DE VOUS ! SI CA CONTINUE, JE VAIS ME SUICIDER ! ».

Forcément, mes nouveaux amis et moi-même avions tendance à nous réunir en un petit groupe de parias, les fameux « nouveaux » qui n’osent pas s’intégrer au groupe – et quel groupe ! Et ce même si nous trouvions du réconfort au sein des équipes d’histoire et de mathématiques, comme nous l’avait fort bien conseillé Thierry.

Quant à mes collègues de lettres, elles ne me calculaient absolument pas. J’étais une sorte d’agent double œuvrant conjointement sur les deux établissements : j’étais donc un professeur de lycée hautain ou bien, au contraire, un petit prof de collège sans prétention. Au choix ! Parallèlement, j’ai vite remarqué qu’une collègue assez âgée (et que je nommerai Adèle), avait une dent contre nous : elle se montrait extrêmement froide à notre encontre, ne répliquait jamais à nos « Bonjour ! ». Nous ne lui avions pourtant jamais adressé la parole.

Je découvre aussi un système de photocopie bien relou : il faut toujours envoyer les documents à imprimer par mail à une personne chargée de gérer la salle de repro. Très pratique lorsque tu prépares tes cours au jour le jour (Je n’ai jamais eu mes propres 4e, moi !). Souvent, je suis obligé de gruger et de demander à la très sympathique dame s’il m’est possible de faire des photocopies dans l’urgence. Elle est fort heureusement très compréhensive et accepte systématiquement.

Le mardi soir, nous finissions à 18h, Sandy, Christophe, Stéphane et moi. Nous avions donc décidé de nous inscrire au club de badminton du lycée, débutant à 19h. Une vraie parenthèse en milieu de semaine au cours de laquelle nous nous adonnions à de francs éclats de rire. Nous jouions pour le plaisir et observions d’un œil amusé les autres joueurs, lesquels prenaient l’exercice beaucoup plus au sérieux et hurlaient de stéréotypiques « HAN ! » en renvoyant le volant. Mais en attendant la sacro-sainte séance, nous profitions de notre heure libre pour corriger des copies en salle des profs. Parfois, j’amusais la galerie en dessinant de petits personnages parodiques sur le tableau blanc, pour décompresser (des petits cartoons amusants, sans grossièreté ni prétention, façon Looney Tunes). Que nous effacions en quittant la salle. Mais un jour, comble du drame, j’ai totalement oublié d’effacer, et cette omission va m’être fatale !

Car le lendemain, je croise Adèle de bien piètre humeur : les murs semblent trembler sur son passage, comme en écho à sa colère. J’ignorais la chance que j’avais de croiser un Seigneur Sith. Toutefois, elle m’a frôlé sans rien dire et a continué son chemin. Mais un peu plus tard dans la journée, Stéphane interpelle notre petit groupe :

« Ouah, c’est chaud ! Je viens de me faire défoncer par Adèle ! Elle est complètement folle.

- Ah bon ? T’as fait quoi ?

- Pas moi ! Nous ! Elle est tombée sur un de tes dessins ! Elle est vénère. Elle m’a sorti les pires horreurs. Qu’il y en avait marre de ces jeunes qui se croient tout permis. Qu’on refile vraiment le CAPES à n’importe qui. Que l’école est un sanctuaire et qu’on l’a dégradé.

- Elle est complètement cintrée.

- Ouais, c’est chaud. Elle m’a aussi dit que je ne devrais pas être prof, que ma place n’est pas ici, et la tienne non plus. Que tu ferais bien de retourner du côté des élèves. »

A ce moment-là, je réalise que j’ai certes su m’imposer auprès des élèves, mais qu’en salle des profs, je suis demeuré beaucoup trop timide et effacé. L’Education Nationale, c’est un panier de crabes. Et si vous affichez un visage gentil et bienveillant, il ne sera pas rare que l’on trouve tous les moyens de vous écraser : rien n’est plus dangereux qu’un milieu professionnel sans enjeux, car ses salariés sauront, par mimétisme d’un arrivisme fictif, à les créer d’eux-mêmes. Mon sang ne fait qu’un tour, on ne doit absolument pas laisser quelqu’un nous considérer ainsi :

« Tu vas où ?

- Je vais aller la voir. Elle va me le dire en face. Elle a un bureau où elle bosse, non ? (Les profs d’EPS avaient effectivement un petit local bien pratique !)

- Mais non mais t’embête pas avec elle, ça ne sert à rien, elle est vieille et aigrie.

- Je m’en tape, on ne sera jamais respecté dans ce bahut si on laisse passer. Personne ne nous calcule depuis qu'on est ici. Et elle ose dire que l'on prend trop de place ? Elle va être servie. »

Je file donc à toute allure en direction du bureau d’Adèle. Que, sous le coup d’une grande impulsivité, j’ouvre d’un coup de pompe en m’écriant :

« « Alors ? Il paraît que je ne suis pas digne d’être prof ? »

 

Posté(e) (modifié)

https://www.lefigaro.fr/actualite-france/complot-refus-de-la-theorie-de-l-evolution-les-jeunes-doutent-de-la-verite-scientifique-20230114

 

Citation

Sur les milliers de jeunes interrogés, 71% des musulmans réfutent la théorie de l'évolution, contre 27% des catholiques. Quant à la forme de la Terre, les jeunes musulmans sont aussi les plus sceptiques. 34% estiment que la planète est plate, contre 14% des catholiques, athées et protestants.

 

Du coup, on comprend le problème de développement de certains pays ...

 

ça doit être dur dur à l'école face à ça.

Modifié par Tlsefred31
Posté(e) (modifié)
Il y a 1 heure, manpat31 a dit :

Chapitre 21 : « Alors ? Il paraît que je ne suis pas digne d’être prof ? »

Ce qui me marque le plus dans cette série, c'est à quel point les profs ne se soutiennent pas voire se mettent des bâtons dans les roues.

Dans aucune entreprise/direction, je n'ai connu une telle ambiance de merde.

Modifié par Gabi
  • Upvote 2
Posté(e)
il y a 34 minutes, Gabi a dit :

Ce qui me marque le plus dans cette série, c'est à quel point les profs ne se soutiennent pas voire se mettent des bâtons dans les roues.

Dans aucune entreprise/direction, je n'ai connu une telle ambiance de merde.

Peut être que si tu prends Urios en stage... :yes:

Posté(e)
il y a 39 minutes, Gabi a dit :

Ce qui me marque le plus dans cette série, c'est à quel point les profs ne se soutiennent pas voire se mettent des bâtons dans les roues.

Dans aucune entreprise/direction, je n'ai connu une telle ambiance de merde.

Tu as raison, tout a été fait par les Directions et Inspections pour casser la cohésion et faire jouer l'individualisme : la distributions des heures supplémentaires, les emplois du temps sur 4 ou 3 jours, avec ou sans trou, les meilleures classes, les petits arrangements entre amis (je suis en lycée auto : je te restaure ta voiture, tu pousses pour mon avancement à la hors classe), les remboursements de surveillance ou de secrétariat d'examen... Bref !

Et ça a marché. Jeunes comme vieux, hommes comme femmes...

L'EN du côté prof n'est plus un bloc uni, on paie aujourd'hui le chacun pour soi.

Posté(e)
Le 12/01/2023 à 12:17, diogene a dit :

 

https://www.cafepedagogique.net/les-archives-du-cafe/

 

https://www.ifop.com/publication/pour-qui-ont-vote-les-enseignants/

 

La principale différence avec le reste de la population est la faiblesse du vote facho.

On en trouvait déjà quand j'y étais. Pas beaucoup, mais trop quand même.

https://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2022/09/08092022Article637982151387342159.aspx.html

quelques éléments pour 2022

Posté(e) (modifié)
15 hours ago, manpat31 said:

Depuis le temps que je vous le dis... soyez rassurés, ce n'est pas LFI qui vous fera crever, par contre les autres...

 

Loin de moi l'idée de soutenir Melenchon, LFI et cie (je ne vote plus depuis 2000 de toute façon, et je m'intéresse de moins en moins à tout ce bordel vu que de toute façon, je n'ai aucune emprise dessus), mais je n'ose même pas imaginer les déferlements de la presse "mainstream" contre eux si ils étaient au pouvoir en ce moment (avec le même déroulement des (pseudo) évènements comme les "possibles" coupures d'électricité :lol:, les non débats avec les multiples 49.3 :rolleyes:, etc)

 

Mais bon là c'est pas les méchants LFI, mais les modérés néo-libéraux donc ça passe crème :yes:

Modifié par Ayrton
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Posté(e)

Ce message ne s'adressait pas à toi. Et je te rejoins sur ton dernier commentaire.

Posté(e)
Il y a 1 heure, Ayrton a dit :

Mais bon là c'est pas les méchants LFI, mais les modérés néo-libéraux donc ça passe crème

Bon, je veux bien.

Mais si on s' en tient aux agissements démocratiques du chef Lfiste, j' aurais quelques craintes  quand à l' utilisation des masses laborieuses à la place du 49.3.

style: Je demande à mes soutiens de descendre dans la rue, samedi prochain, pour approuver mon texte de Loi ... etc !

  • Upvote 1
Posté(e) (modifié)
3 minutes ago, tire-bouchon said:

Bon, je veux bien.

Mais si on s' en tient aux agissements démocratiques du chef Lfiste, j' aurais quelques craintes  quand à l' utilisation des masses laborieuses à la place du 49.3.

style: Je demande à mes soutiens de descendre dans la rue, samedi prochain, pour approuver mon texte de Loi ... etc !

ben tu dois être rassuré, là ils ne demandent rien à personne et nous enculent à sec, le tout avec le sourire :)

Modifié par Ayrton
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Posté(e) (modifié)

Et pour une réforme dont l'intérêt, en l'état, est plus que discutable, à défaut d'être discutée. (Cf les derniers rapports du COR dont très peu de médias citent les conclusions de leurs études).

Modifié par manpat31
Posté(e)
il y a 38 minutes, Ayrton a dit :

ben tu dois être rassuré, là ils ne demandent rien à personne et nous enculent à sec, le tout avec le sourire :)

mais je ne suis pas rassuré ni au soutien du gouvernement.

Mais avec les extrêmes on serait sodomisé à sec avec des kiosques à journaux en feu ! :innoncent:

Posté(e)
Il y a 11 heures, rebop75 a dit :

 

Citation

" Seuls 47% des enseignants ayant voté pour Emmanuel Macron en 2017 ont recommencé en 2022, 35% ont voté à gauche, moins pour les candidats de la gauche radicale (14%) que pour ceux du PS ou de EELV (21%), et 19% à droite dont 12% pour les candidats de la droite radicale".

 

3 lignes plus bas

 

Citation

La droite radicale progresse aussi passant de 10 à 19% des suffrages

 

Visiblement ils ont du mal avec les chiffres :biggrin:

Posté(e)
Il y a 8 heures, Ayrton a dit :

ben tu dois être rassuré, là ils ne demandent rien à personne et nous enculent à sec, le tout avec le sourire :)

Ah non, pas à sec.

Au contraire, ils filent pleins de vaseline (des tas d'aides et de chèques divers et variés).

Posté(e) (modifié)
il y a une heure, Tlsefred31 a dit :

 

 

3 lignes plus bas

 

 

Visiblement ils ont du mal avec les chiffres :biggrin:

Si j'ai bien compris (mais c'est vrai que la phrase est alambiquée), les 12% concernent les ex-électeurs Macron.

 

Bref, globalement, 19% des enseignants ont voté extrême-droite et 12% de ceux qui avaient voté Macron en 2017 ont voté extrême-droite cette fois-ci.

on appréciera la note de l'auteur

Citation

"Mais le métier enseignant est particulier. Il repose sur des principes incompatibles avec ceux de l'extrême droite"

Qui démontre la neutralité politique de ce site. :P

 

Sinon, mon préféré reste l'intro :

Citation

"les enseignants se caractérisent par un vote quasi majoritaire à gauche."

 

On est d'accord que quasi-majoritaire, ça veut dire minoritaire. :chuis:

 

Bref, le plus grand bastion de la gauche n'atteint dorénavant que 49%... :shaun:

Modifié par Gabi
Posté(e)
Il y a 14 heures, Gabi a dit :

on appréciera la note de l'auteur :
 

Citation

 

"Mais le métier enseignant est particulier. Il repose sur des principes incompatibles avec ceux de l'extrême droite"


 

 

Qui démontre la neutralité politique de ce site. :P

 

 

Ça me paraît tellement évident pourtant. Captain Obvious n'aurait pu mieux dire.

 

L'extrême droite, quand elle entend le mot culture se vante de sortir son revolver.

Quand elle entend enseigner, elle comprend dresser, mater, abrutir, réduire.

 

 

  • Upvote 1
Posté(e)
il y a 6 minutes, diogene a dit :

Ça me paraît tellement évident pourtant. Captain Obvious n'aurait pu mieux dire.

 

L'extrême droite, quand elle entend le mot culture se vante de sortir son revolver.

Quand elle entend enseigner, elle comprend dresser, mater, abrutir, réduire.

Carrement.

 

Je ne suis pas spécialiste du programme RN mais tu dis donc qu'1 enseignant sur 5 a des valeurs incompatibles avec son métier.

Ça fait beaucoup de mauvais profs.

Posté(e) (modifié)
il y a 11 minutes, Gabi a dit :

Carrement.

 

Je ne suis pas spécialiste du programme RN mais tu dis donc qu'1 enseignant sur 5 a des valeurs incompatibles avec son métier.

Ça fait beaucoup de mauvais profs.

C'est clair 4 sur 5 c'est énorme :yes:

Modifié par Pantang17
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Posté(e)
il y a 19 minutes, Gabi a dit :

 

Je ne suis pas spécialiste du programme RN mais tu dis donc qu'1 enseignant sur 5 a des valeurs incompatibles avec son métier.

Ça fait beaucoup de mauvais profs.

 

Je croyais qu'ils étaient tous nuls. Finalement, ils s'en sortent bien.

 

Je crois surtout qu'il est un peu simpliste de confondre vote et valeurs. Beaucoup de gens votent à gauche sans cautionner le goulag. Beaucoup de gens ont voté Macron et iront défiler contre la réforme des retraites. Je suppose qu'il en est de même pour les enseignants égarés qui soutiennent leurs pires ennemis.

  • J'aime 1
Posté(e)
il y a 5 minutes, diogene a dit :

 

Je crois surtout qu'il est un peu simpliste de confondre vote et valeurs. 

 

il y a 39 minutes, diogene a dit :

 

L'extrême droite, quand elle entend le mot culture se vante de sortir son revolver.

Quand elle entend enseigner, elle comprend dresser, mater, abrutir, réduire.

 

 

 

😄 Parceque t'es pas simpliste là ? 

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